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LAURÉATE DE LA BOURSE
2019

Projet primé: écrire L’Orphelinat, une minisérie de fiction thriller (6 épisodes de52 min).

Je ne serais pas devenue scénariste si… « une amie ne m’avait pas poussé à tenter une école de cinéma. » Après L’Esec (École supérieure d’études cinématographiques), formation assistanat-réalisation, Sabine travaille deux ans comme assistante costume et assistante mise en scène sur des plateaux de tournage. « Quand on passe quinze heures par jour sur un plateau, on n’a plus le temps d’écrire, et ça me manquait » se souvient Sabine qui, depuis son plus jeune âge, écrit des textes, des poèmes, des nouvelles, des lettres imaginaires, son journal… Elle rencontre de plus en plus de scénaristes. Elle les trouve souvent « drôles et humbles ». L’un d’eux était aventurier, un écrivain voyageur. « Évidemment, ça fait rêver. J’aimais cette liberté, et aussi cette idée du métier de l’ombre qui me rassurait. » Mais est-ce un métier ? On lui assure que oui, qu’on peut en vivre. Ainsi, elle recommence à écrire, des scénarios cette fois. Dans son coin, comme elle dit. Alors Sabine reprend des études au Conservatoire européen d’écriture audiovisuelle.
 
Parcours.
En sortant de la formation où de l’aube au crépuscule, elle écrit des scénarios, les idées se bousculent. Notamment un long métrage, Alice, pour lequel elle obtient le prix Sopadin junior en 2013, et deux prix du fonds d’aide à l’innovation pour un projet d’unitaire et de série. Ces récompenses lui permettent d’être repérée par des maisons de production. Elle travaille alors sur plusieurs projets, comme la série Guyane (Canal +), et sur des longs métrages. Ensuite, ce n’est qu’un cercle vertueux. Le travail attire le travail. Film après film, Sabine affine son écriture, sélectionne ses projets, a envie de créer sa propre série.
 
Aujourd’hui, écrire des séries, c’est…« un nouveau champ des possibles. L’arrivée des plateformes provoque une révolution dans le paysage audiovisuel mondial et la France doit s’adapter à ces changements. C’est un moment d’explosion des contenus qui peut sembler un nouvel eldorado et qui laisse une plus grande marge de liberté sur le choix des sujets, de ton, et de genre ». Sabine se réjouit de voir de nouvelles séries qui n’auraient pas pu voir le jour il y a à peine dix ans : Marianne, Mortel, ou la série Révolution. Quand une série est choisie par une plateforme, on sait qu’elle sera diffusée dans le monde entier. « C’est vertigineux. » Pour Sabine, la série reste une œuvre collaborative, même s’il est nécessaire de respecter la vision d’un auteur. « Il faut un ou une capitaine qui garde le cap, tout en sachant déléguer. » Elle voit plutôt d’un bon œil l’arrivée, même dans les séries françaises, des showrunners, le garant de la valeur artistique. Autrement dit : le patron. Une dernière singularité : « Contrairement au cinéma, le créateur d’une série n’est pas celui qui réalise mais celui qui écrit. C’est à lui ou à elle que revient le final cut. »
 
L’Orphelinat
Gageons que Sabine gardera le final cut sur L’Orphelinat – minisérie de fiction thriller (6x52). Le pitch ? Sur une île bretonne, en 2019, une fillette disparaît en pleine parade de la fête des fleurs. Le suspect numéro un, échappé de l’asile de la Trinité, est arrêté. La victime reste introuvable, et l’homme, amnésique, pense être un orphelin de 10 ans figé en 1969, à l’époque où la Trinité était encore un orphelinat. L’enquête est confiée à un policier, aidé d’une psychanalyste. Signes particuliers ? Ils sont tous les deux des amis d’enfance du suspect. L’enquête va alors faire des ponts entre les souvenirs de 1969 et la réalité de 2019. « Les points de vue de ses trois personnages vont se mélanger et permettent de voguer dans les sous-genres du thriller : l’investigation, l’épouvante, le thriller psychologique, le fantastique… la frontière entre la réalité et la folie, entre la vérité et l’invention, reste fragile. »
 
La bourse
Un tel « tricotage des intrigues » demande du temps et de la patience. « Un travail de dentellière », résume Sabine. La bourse lui permettra de s’offrir le temps et surtout la liberté nécessaires à la création afin de développer le pilote, structurer l’arc narratif et la bible. Elle souhaite aussi se rendre à Jersey, pour se documenter in situ sur l’orphelinat du Haut de la Garenne(situé à Faldouet), qui inspire – de loin – son scénario. Elle interrogera les gens qui ont travaillé sur l’affaire. « Plus on s’inspire de la réalité, plus on a de matière pour la fiction. » Il lui faudra aussi avoir du temps pour mener des recherches sur les années 1960, et « sentir l’ambiance de la vie insulaire ».