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LAURÉATES DE LA BOURSE
2018

Projet primé : développer Welcome Home, une série digitale de 10 épisodes de 10 minutes sur l’après-mission d’un astronaute français qui sombre peu à peu dans la schizophrénie.

Le travail à quatre mains, ce n’est pas toujours simple. Mais pour Marion Carnel et Déborah Hadjedj, c’est une richesse inestimable. « Même quand on ne se voit pas, on est en permanence en contact. On s’écrit tout le temps, via tous les réseaux à notre disposition. » Cet échange permanent est stimulant. C’est la sève du travail. Une fois par semaine, elles se retrouvent dans la même pièce. « On parle de nos envies, des sujets qui nous touchent, on tombe d’accord pratiquement sur tout et cette émulation vient nourrir notre créativité. »
 
Des histoires
Depuis toujours, Déborah a eu envie de raconter des histoires. Par le dessin d’abord (période 8-10 ans) puis des nouvelles, la poésie, le roman (période 12-14 ans)… « Mais je me suis reconnue davantage dans l’écriture audiovisuelle. » Le cinéma, la série télé arrivent donc comme une évidence. « J’ai toujours essayé de comprendre qui se cachait derrière ceux qui font les films et des séries.» Première chose à faire : lire les génériques et repérer le nom du scénariste. Quand Déborah lit une histoire dans le journal, par réflexe elle se demande si ça donnerait un bon film ou une bonne fiction TV. Marion aussi a toujours eu un désir d’histoires ; et elle aurait pu écrire celles que lisait Déborah dans les journaux : Marion voulait être journaliste – mais seulement pour ne pas s’avouer qu’elle préférait être scénariste. Elle s’excuse en riant : « Mes parents n’étaient pas dans la culture, je pensais que c’était inatteignable ! » Aujourd’hui, le journalisme est derrière elle ; devant (et sur le bureau) : des scénarios. Diplômée de la Fémis, elle pensait aller vers le cinéma. Finalement, l’avenir des séries françaises est une promesse et ça lui paraît plus intéressant.
Avant d’écrire en duo, Déborah et Marion ont chacune travaillé dans des sociétés de productions (DEMD pour Déborah et TF1 Production pour Marion), ainsi que pour des diffuseurs (Studio + et Canal + pour l’une ; TF1 pour l’autre). Ces expériences leur ont permis d’appréhenderle secteur de l’intérieur et de comprendre les enjeux économiques relatifs aux séries. Au quotidien, elles continuent de mener d’autres projets. Déborah, directrice littéraire et chargée de développement sur des fictions TV et des films de cinéma pour une société de production, exploite également sa créativité pour les projets avec Marion qui, de son côté, développe d’autres collaborations comme scénariste.
Leur rencontre ? Par hasard. Marion était une amie de la sœur de Déborah. (Ça paraît compliqué, mais en fait, non.) Elles se retrouvent autour de l’écriture et très vite elles ont envie de travailler ensemble. Vivre enfin la vocation inavouée de toujours.
 
Welcome Home
Elles ont près d’une quinzaine de projets en commun, dans tous les formats et à différents stades de développement. Mais celui qui les occupe en ce moment – soir et week-end –, c’est Welcome Home. L’histoire d’un astronaute français très médiatisé qui revient en héros sur terre. L’idée est venue en regardant le retour de Thomas Pesquet ; Déborah se souvient : « On s’est appelées, on venait d’avoir la même idée ! » ; « L’après-mission, c’est une expérience tout aussi déroutante entre le parcours médiatique, la réadaptation, la désorientation. » Passionnées par l’espace et les avancées technologiques, elles se sont inspirées du « syndrome de Stress Post Traumatique » fréquent chez les soldats qui reviennent du combat. « Nous avions envie de suivre un personnage ambivalent. Un héros aux yeux de tous qui dissimule pourtant un mal­-être grandissant. »
Thibault, le personnage principal, perd peu à peu pied avec la réalité et devient paranoïaque. Il est persuadé d’avoir développé une faculté surhumaine dans l’espace. Pour faire simple : il se prend pour un surhomme. La série le suivra dans sa quête de sens et dans sa volonté de comprendre ce qu’il y a derrière tout ça. Il croit avoir été instrumentalisé et utilisé comme rat de laboratoire – ce qui n’est jamais plaisant et rassurant.
La série oscillera entre fantastique et thriller, mélange des genres peu présent dans le paysage audiovisuel français. « Nous avons vraiment envie d’encourager aussi une réflexion sur les formats et les nouveaux usages avec cette série. » Format de la série : 10 épisodes de 10 minutes.

La bourse
Welcome Home est en cours de développement. La bourse va permettre de poursuivre l’écriture de la série, notamment les séquenciers et les continuités dialoguées de la première saison. Le projet est ambitieux et demande beaucoup de recherches documentaires afin de proposer une fiction concrète et réaliste. « Nous avons conscience que le concept ne suffit pas à porter une série comme Welcome Home, aussi fort soit-il, et c’est pour cela que nous souhaitons développer et écrire cette série avec finesse. » Une attention toute particulière sera portée aux personnages secondaires qui portent aussi l’intrigue. Mise sur orbite ? « On n’en est pas encore là ! On cherche un producteur qui partage notre vision. » Le message est passé.