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LAURÉATE DE LA BOURSE
2019

Projet primé: créer sa maison de production pour produire Chevalier noir, le premier long métrage du cinéaste italo-iranien Emad Aleebrahim Dehkordi.

Je ne serais pas devenue productrice si… « je n’avais pas visionné plus de 700 longs métrages – dont une grande partie de premiers films – en 2010, lors de mon année en programmation au Seattle International Film Festival. En découvrant toutes ces formes narratives et esthétiques portées par des auteurs du monde entier – Toutes les chansons parlent de moi, de Jonas Trueba, Belle Epine, de Rebecca Zlotowski, If I want to whistle, I whistle de Florin Serban –, j’ai compris que je souhaitais me battre pour permettre à des “visions” de prendre forme à l’écran, en fiction comme en documentaire ».
 
Vocation
Le cinéma est entré dans la vie de Margaux assez tôt. Elle se souvient des films que son père – journaliste à l’AFP – enregistrait sur des VHS. Surtout des westerns ou des comédies musicales. Son éducation cinématographique commence véritablement à Rabat (Maroc) où son père est nommé. Ses journées se passent à la cinémathèque. Très vite, elle a la conviction qu’elle doit participer d’une façon ou d’une autre à la fabrication d’histoires. Mais sa mère préfère qu’elle fasse d’abord des « études sérieuses », ensuite, elle avisera. Après un bac aux États-Unis – option cinéma –, elle se retrouve à Sciences Po Paris, où elle s’occupe du ciné-club. Elle fait un master à l’École de la communication de Sciences Po, suit des cours sur la distribution et le marketing du cinéma, multiplie les expériences et les stages, intègre La  Femis. Cette école lui permet de rencontrer des auteurs, des réalisateurs, des monteurs qui appartiennent à la même génération. Si elle-même a été un temps attirée par le montage, ses différentes expériences la confortent : elle veut évoluer dans ce milieu, mais à la place du producteur. Margaux se sent les épaules : « Il faut être à la fois à l’écoute des auteurs et avoir une vraie vision artistique. » En 2017, elle rejoint Indie Prod et s’occupe de la production, des coproductions étrangères et développe le département des séries TV. Une expérience, une fois de plus enrichissante.
 
Aujourd’hui, le cinéma, c’est… « comme hier : des rencontres, des tentatives, des combats, des prises de risque. Un art collectif aussi. Bien sûr, les bouleversements auxquels nous faisons face sont colossaux, et il va falloir être inventif, ouvert à l’international, à de nouvelles stratégies de production, à de nouveaux modes de diffusion, mais je crois que tant qu’il y aura des histoires à raconter et des mondes à découvrir, nous continuerons à faire des films – moins chers, certainement, mais avec autant de passion. Je me plais à croire en l’immortalité du cinéma. » Maintenant, elle se sent prête à devenir indépendante, à développer ses propres stratégies de production et à se battre pour qu’émergent des voix singulières.
 
Chevalier noir
Le projet qui lui tient à cœur est Chevalier noir, le premier long métrage d’Emad Aleebrahim Dehkordi, cinéaste italo-iranien passé par Le Fresnoy (Tourcoing) et Gobelins. Il vit à Paris, mais c’est à Cannes qu’ils se rencontrent, pendant les rendez-vous organisés par La Fabrique Cinéma de l’Institut français. Pour Margaux, Emad n’est pas un inconnu : elle a vu quelques mois plus tôt son court métrage, Lower Heaven, en compétition au Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand. Quand il lui présente son nouveau projet, Margaux a plus que jamais envie de l’accompagner car Emad sait y mêler subtilement les genres - film noir, drame intimiste, film politique – pour dépeindre la jeunesse iranienne contemporaine. Le film est « personnel et incarné » et, d’un mot qu’aime beaucoup Margaux : « généreux ».
« Produire consiste à croire que la voix d’un réalisateur réussira à se glisser dans les yeux et les oreilles du spectateur pour le changer, un peu, beaucoup… » Et avant de séduire les spectateurs, le film a déjà convaincu plusieurs partenaires financiers : la région Nouvelle-Aquitaine et le CNC, grâce à l’Aide aux cinémas du monde.
 
La bourse
Margaux a toujours eu le désir d’entreprendre. Si elle continue à mener des projets avec Indie Prod, la bourse va lui permettre de devenir indépendante en créant sa société de production. Et de poursuivre ce qu’elle a commencé avec d’Emad Aleebrahim Dehkordi. Étapes suivantes : trouver un distributeur pour Chevalier noir et trouver le nom de sa maison de production.