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LAURÉAT DE LA BOURSE
2020

Projet : produire le premier long-métrage de Nyima Cartier – qui sera également le premier long-métrage de sa société Mabel Films.

Très jeune, Antoine Salomé avait une conviction : il fera du cinéma. Mais il ne savait pas vraiment comment : auteur ? producteur ? réalisateur ? « J’ai longtemps hésité entre la production et l’écriture, deux mots que je fantasmais plus que je ne les connaissais. » Mais comme son père est cinéaste – le réalisateur Jean-Paul Salomé –, il se tient longtemps éloigné du « milieu ». « Je tenais absolument à faire des études générales et repoussais le cinéma au rang de passion, pas de vocation. ». Il s’oriente vers une classe préparatoire littéraire et intègre un Master à Sciences Po Paris. Puis il fait un stage chez Wild Bunch, une société indépendante de distribution cinématographique et de production.Il y fait des rencontres marquantes, découvre une façon de faire du cinéma fondée sur l’irrévérence, la cinéphilie et l’instinct. Il se rapproche de la production. « Jamais on ne m’a renvoyé au fait que j’étais le fils de. Cela m’a donné beaucoup d’assurance pour avancer dans cette industrie et y dessiner ma propre trajectoire. »
 
 
Mabel Films
 
Deux qualités indispensables : l’humilité et la curiosité. « Dans les choix que je dois faire aujourd’hui comme producteur, cette curiosité est essentielle et me permet de garder l’œil ouvert au-delà du cinéma, à d’autres arts et espaces de la culture. ». Quant à l’humilité, elle est essentielle pour connaître ses forces, savoir comment avancer, entretenir des relations de travail humaines et sur le long-terme.

Pour avancer et travailler, Antoine a parfois besoin de solitude. « J’ai un grand besoin de concentration. Ce qui me met en mouvement, c’est le sentiment d’urgence. » Pour lui, le producteur, c’est l’architecte du cinéma. Bâtir, imaginer, réunir des personnes et des financements… « La production se fait sur un temps assez long, et le temps peut ensuite brutalement s’accélérer. On a toujours plusieurs projets en même temps. La tension est pour moi une émulation. »

Mais pour Antoine, la production – et le cinéma en général – est avant tout un sport collectif. On trouve à ses côtés Joséphine Mourlaque, son associée depuis trois ans et véritable alter ego. « Nous parlions de films vus, de scénarios lus. Alors que l’on a tous les deux des goûts très pointus et affirmés, nous étions surpris d’être quasiment toujours d’accord. Et nous avions la même envie de concentrer nos énergies dans un projet commun, de porter des films et des auteurs que l’on aime. »

Ce projet, c’est Mabel Films, leur société née en 2017. « L’idée est de capitaliser sur nos connaissances et notre vécu dans d’importantes sociétés du secteur pour porter des projets libres et détonants. » Chercher des auteurs aguerris qui portent des projets puissants et singuliers, et les aider à aller plus loin dans leur trajectoire de cinéaste. Porter un cinéma de genre, d’auteur, à la fois exigeant et différent, qui cherche de nouvelles formes et raconte des histoires fortes. Les deux premiers auteurs avec qui une connexion forte s’est établie sont Matthieu Vigneau et Nyima Cartier, dont Mabel Films produit les court-métrages et prépare les long-métrages.

C’est justement le premier long-métrage de Nyima Cartier La Femme et le Chien qui sera également le premier long-métrage produit par Mabel Films. « J’ai connu Nyima alors que je travaillais encore à Wild Bunch. Ça a été une rencontre humaine forte, avec une réalisatrice pleine de convictions, d’énergie, remplie de l’envie de faire des films. Nous avons immédiatement senti que La Femme et le Chien portait en lui la promesse d’un film fort, original et surtout très contemporain. Un personnage de femme qui se venge après avoir été victime de harcèlement… C’est un film dont nous avons la conviction qu’il peut exister dans le paysage cinématographique actuel. »
L’histoire : Claire mène une vie simple et normée de business executive woman jusqu’à l’arrivée dans sa vie d’un chien mystérieux qui va la mener sur les traces d’un passé qu’elle tente d’oublier. En laissant ressurgir un trauma soigneusement enfoui en elle, elle va cheminer vers la vengeance.
 
La bourse
« Cette boursegénère une grande confiance pour moi et autour de moi. La production,c’est un métier de confiance : on vend des projets qui n’existent pas. Il y a beaucoup d’incertitudes. La bourse assure une assise économique, une force de négociation, une force d’action pour trouver des financements, des auteurs, des projets. » C’est aussi, explique Antoine, la possibilité de dire non. « C’est la liberté de produire ce qu’on veut vraiment produire. Ça change la vision de l’avenir, surtout en ce moment où l’incertitude gagne dans le milieu du cinéma et partout ailleurs. Ça me permet d’être moins dans l’urgence pour pérenniser la société, d’avoir du temps et de la sérénité. C’est une chance immense, aujourd’hui tout particulièrement. Une bulle d’air dans une période propice à l’asphyxie. »