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LAURÉATE DE LA BOURSE
2020

Projet : réaliser un photoreportage le long du fleuve Jourdain sur la crise mondiale de l’eau dans les territoires israélien, jordanien et palesti­nien.

A la fac, Mouna s’intéresse davantage au journalisme. Mais très vite, la photo s’impose. Les deux mots s’accolent d’ailleurs très bien : photojournalisme. « La photographie a été pour moi la confirmation d’une intuition. J’avais envie de voir le monde mais surtout de le faire voir. » Elle se souvient qu’elle a toujours été sensibilisée à la lumière. « Ma mère peignait, elle insistait pour que je sois attentive aux ombres, aux couleurs. J’y pense encore aujourd’hui dans mon travail. »

Après un master d’Économie Sociale et Solidaire à l’université, elle intègre l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles. Elle invente et analyse son propre regard. « Il change, il évolue au fil du temps, il gagne en maturité au fil des reportages, j’ai sans doute plus de recul. » Bénéfice de l’expérience, sans doute, mais aussi affirmation d’un talent : le regard s’affine en s’éloignant des modèles – notamment le photographe américain Stanley Green, ou le français Raymond Depardon.

Mouna préfère montrer le monde que de parler d’elle – même si l’un n’empêche pas l’autre, comme dans ce projet « Traverser » (2019) ou elle parcourt la terre marocaine de ses ancêtres. Son travail sonde ainsi une mémoire personnelle, intimement liée au territoire.

Son approche documentaire n’est pas dénuée de poésie. Mais c’est aussi une œuvre engagée.
 « Le goût de la politique me vient de mon père ! » s’amuse Mouna. L’image doit dire quelque chose, montrer, dénoncer, faire vaciller nos certitudes, éveiller les consciences.
Mouna observe le monde, à la manière d’une exploratrice. Enfant, elle a beaucoup voyagé – sa famille est marocaine, elle est née à Rennes. Cela ouvre l’esprit et les yeux. Elle voyage encore beaucoup et tous ses reportages se passent à l’étranger.
 
« Routes 90 et 65, à la quête de l’or bleu » 
Son nouveau projet se construit dans la continuité de la démarche photographique qu’elle mène depuis plusieurs années autour des notions d’identité, de frontière et de la relation que les humains entretiennent avec leur environnement. « J’ai aujourd’hui l’envie d’interroger ces notions à travers ce projet d’envergure qui traite de la crise mondiale de l’eau sur les territoires israélien, jordanien et palesti­nien. » Cela fait maintenant plusieurs années qu’elle a envie de mener ce projet.

Le constat est édifiant : plus d’une personne sur six dans le monde n’a pas assez accès à l’eau potable et souffre de stress hydrique. Le Proche Orient et l’Afrique sont les premiers territoires touchés. A l’horizon 2030, l’ONU estime que 60 % de la population mondiale pourrait subir une pénurie en eau. Mouna alerte : « L’eau devient l’objet de la crise majeure de notre siècle que le monde va devoir affronter. » Elle se concentre sur un territoire : la frontière naturelle entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Autrement dit : le Jourdain. Autour du mythique fleuve se concentrent les grands défis de notre siècle : pénurie d’eau, situations de stress hydrique, désertification, conflits géopolitiques, enjeux éco­logiques et environnementaux, innovations technologiques et agricoles.

 « Je souhaite donc traverser le territoire en suivant les routes 90 et 65, routes parallèles au fleuve Jourdain qui traversent du nord au sud Israël et la Jordanie en passant par les territoires palestiniens et aller à la rencontre, partager le quotidien, de la population. »
 
La bourse
Un tel projet nécessite des moyens financiers, pour se rendre sur place, pour prendre le temps d’enquêter et de rencontrer des gens. « Un temps qui me semble pri­mordial » dit Mouna. Un temps de recherche, d’expériences et de réalisation. La photographie a toujours à voir avec le temps.