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LAURÉATE DE LA BOURSE
2018

Projet primé : réaliser un documentaire photographique dans six pays où les femmes se voient refuser l’accès à l’avortement et aux contraceptifs.
 

Kasia Strek ne conçoit pas la vie sans engagement. Surtout quand on est photographe. « J’ai délibérément choisi de ne pas suivre le chemin purement artistique et je me suis dirigée vers le documentaire socialement engagé. » Le choc des images. Il s’agit de sensibiliser le spectateur sur des questions importantes. « La photographie documentaire est tournée vers la compréhension de l’autre et la rencontre. »
 
Parcours
L’accent de Kasia, lui vient de Lodz (Pologne) où elle est née au cœur d’une famille libérale dans un pays relativement fermé. Sa mère, une scientifique, sensibilise très tôt Kasia aux questions de santé qu’on retrouve aujourd’hui dans ses documentaires. Enfant, Kasia voulait devenir peintre. Et quand elle prenait des photos, c’était juste pour en faire ensuite des tableaux.
Elle étudie la langue française et l’anthropologie à l’Université Jagiellonian de Cracovie, et obtient une maîtrise en beaux-arts de l’Académie des Beaux-Arts de Lodz. Pendant ses études, elle voyage grâce à des bourses. L’une la mène au Queensland College of Art de l’Université Griffith de Brisbane (Australie), où elle étudie la photographie. Elle s’installe ensuite à Paris et partage son travail entre missions de presse,  ONG et le développement de projets personnels. En 2017 elle devient membre du collectif ITEM qui regroupe des photographes documentaires françaises. Ses photos sont publiées aussi bien dans Time Magazine, The New Yorker, The New York Times, Blink (États-Unis), Le Monde, Libération, La Croix, Paris Match, Polka Magazine, La Pelerin, La Vie (France) ou encore Gazeta Wyborcza, Twoj Styl et Tygodnik Powszechny  (Pologne).
 
Photo documentaire
De la photo, Kasia ne garde que la force du témoignage – mais elle a un sens du cadre et de la lumière qui nous fait dire que rien n’est laissé au hasard. Quel que soit le sujet, son travail est un subtil mélange entre expérience artistique et études universitaires. Une photo ne doit pas être que belle, elle doit signifier quelque chose sur le monde. Son crédo : aborder des sujets de société à travers des histoires personnelles.
Depuis deux ans, son travail se concentre sur les droits des femmes et surtout l’accès à l’avortement. Elle a naturellement commencé à travailler sur cette question dans son pays, la Pologne, où la libéralisation de la loi sur l’avortement fait l’objet de discussions depuis de nombreuses années. Les marches et les manifestations organisées en octobre 2016 ont d’ailleurs rassemblé plus de 100 000 personnes. « Des événements sans précédent depuis le communisme ! » Kasia prend conscience qu’il y a là « un impératif moral », qu’il faut mettre son savoir-faire et ses compétences au service de cette cause pour révéler l’injustice qui arrive aux femmes du monde entier.
Quelques chiffres : 60 000 décès chaque année sont les conséquences d’avortements illégaux ; 90 % de ces décès sont à dénombrer dans les pays en voie de développement ; 25 millions d’avortements dans le monde sont réalisés dans des conditions à risques. Beaucoup sont opérés sur des mineures ou des victimes de viol. Kasia décide de raconter, en images, les histoires de celles qui ont peur de parler.
Kasia suit une méthodologie précise : rencontrer les organisations internationales et locales de défense des droits humains et des droits des femmes. Elle tisse un réseau de contacts afin de s’assurer l’accès à des lieux peu accessibles.
Après la Pologne, elle pousse l’investigation aux Philippines et en Irlande. Au final, il y aura six pays.

La bourse
L’originalité de son reportage photographique, tient au fait qu’elle a décidé de mêler les histoires personnelles des femmes et des images de reportage présentant le contexte du pays. À l’automne 2018, elle enquête en Égypte. Grâce à la bourse, elle ajoute deux autres pays pour boucler son projet : le Salvador et la République Démocratique du Congo. Chaque chapitre du projet fonctionne indépendamment mais fait aussi partie intégrante d’un ensemble plus vaste. Kasia prévoit deux séjours dans chaque pays afin de rentrer doucement dans l’intimité des femmes et de s’acclimater progressivement à la réalité sociale du pays. Rendez-vous en 2020, pour l’exposition.