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LAURÉAT DE LA BOURSE
2017

Projet primé : réaliser Outback Mythologies, un reportage photographique au long cours sur les Aborigènes d’Australie.

Antoine Bruy est un adepte des départs. Il apprécie autant voyager à l’autre bout du monde que sillonner les routes hexagonales, en stop avec même pas dix euros en poche. Chaque voyage est pour lui l’occasion de faire des images et d’aller à la rencontre des autres. Et s’il a souvent une idée de ce qu’il veut photographier, il garde l’esprit ouvert pour susciter les rencontres impromptues. « Il faut savoir faire confiance à son intuition » dit-il.
 
De la photo
Antoine grandit dans le nord de la France. L’école, ce n’est pas son truc, comme on dit. Il s’y ennuie. Un jour, au collège, il entend parler d’une école d’art en Belgique qui lui permettrait d’échapper au système éducatif français. Il n’a pas vraiment d’aptitude pour les arts. Un copain lui conseille – pour rire – de faire de la photo : « C’est facile, tu prends un appareil, tu appuies sur le bouton et hop, c’est fait ! » Ce n’est pas si simple, mais Antoine se laisse tenter. Il passe le concours et – joie ! – intègre l’École Nationale Supérieure des Arts Visuels. Il se souvient de sa première session photographique. Ça se passait dans un parc à deux pas de chez ses parents. Il faisait froid, c’était l’hiver. « J’en garde encore un souvenir assez fort. C’est la première fois que je sortais de chez moi avec la volonté de faire de la photo. » Sensation pas désagréable. Il porte son regard sur ce qui l’entoure, il apprend à se familiariser avec le cadre, à voir le monde différemment. Il découvre Cartier-Bresson, les photographes de l’agence Magnum ou ceux de l’agence VU. Le photojournalisme, le journalisme de guerre. Après ses études, à peine âgé de 19 ans, il fait du bénévolat dans les Balkans. Il en profite pour photographier le plus grand quartier rom d’Europe, son premier reportage. « J’avais du temps et de l’argent, ce qui m’a permis de travailler dans de bonnes conditions » se souvient-il.
 
Formations
Il poursuit ses études à La Cambre, à Bruxelles. Au bout de quelques mois, Antoine a la bougeotte : il s’envole pour l’Australie. « J’avais envie de voir le désert » justifie-t-il. À l’époque, il travaille en argentique – « je ne connaissais pas encore le numérique. ». Il découvre l’histoire des aborigènes et celle des Stockmen, ces éleveurs australiens qui vivent dans l’Outback. Il fait des photos, mais juste avant de rentrer en France, il s’arrête dans une cabine téléphonique pour passer un coup de fil et… il y oublie ses pellicules. Quand il s’en rend compte, trop tard, ses affaires n’y sont plus. Plusieurs centaines de clichés disparaissent ainsi à jamais. « J’ai mis trois mois pour m’en remettre ! » s’amuse-t-il aujourd’hui.

De retour en Europe, il décide de s’inscrire en Art appliqués à Vevey (Suisse). « Idéal pour se faire un réseau et des contacts professionnels. » Diplôme en poche, il revient à Lille, s’éloigne un temps de la photo, puis, un beau jour, quitte son appartement et part sur les routes de France, appareil en bandoulière, à la rencontre de gens qui essaient de vivre en autosuffisance. Ça devient le projet Scrublands (FotoRoom, Human Environments, 2017 ; LensCulture Emerging Talent Awards, 2014 ; Bourse du talent #57, 2014) qui le conduit au sein de communautés en France, mais aussi en Roumanie, en Suisse, en Espagne, aux États-Unis. Cinq ans de travail.

Ensuite ? Il repart en Australie : il a une revanche à prendre. Il passe en numérique – pas seulement pour ne plus perdre ses films – et au noir et blanc – pour laisser du mystère dans les images. Ainsi commence Outback Mythologies. Une série en six chapitres qui questionne, par la photographie, ce vaste territoire aux frontières floues. Il va à la rencontre des éleveurs, des mineurs, des aborigènes, des touristes. « Ce projet, c’est aussi comprendre comment l’homme vit dans son environnement tout en donnant à voir l’histoire d’un pays. » Deux chapitres ont déjà été photographiés. L’un sur les stockmen, ces cow-boys emblématiques de l’Outback, l’autre sur l’enclave minière de Coober Peddy.
 
Chapitre trois
Le troisième chapitre, grâce à la Fondation Jean-Luc Lagardère, il va le photographier en 2018. Deux voyages de plusieurs semaines seront nécessaires pour saisir le « nom de peau » des aborigènes. Chez eux, le « nom de peau » est attribué automatiquement à la naissance et définit à la fois la terre et les voyages des ancêtres.« C’est très complexe, explique Antoine, ce chapitre reviendra sur les enjeux de la terre. Avec d’un côté, une société occidentale qui essaie de se l’approprier, et de l’autre, les Aborigènes qui considèrent qu’ils appartiennent à la terre et qu’il leur revient de la sauvegarder. » Pour mener à bien son projet, Antoine souhaite s’inspirer d’une méthodologie proche de l’ethnologie et de la sociologie : l’observation participante. Et pour pousser encore plus loin l’idée de la filiation, Antoine aimerait aussi organiser des ateliers photos auprès des communautés et ainsi confier des appareils à des familles.

Actualités

Antoine Bruy expose à la Galerie Clémentine de la…
Lauréat 2018 du Prix HSBC pour la Photographie, Antoine Bruy présente sa série Scrublands dans le cadre d’une exposition itinérante dédiée aux lauréats du prix. Point de départ de l’exposition, la Galerie Clémentine de la Féronnière (Paris 4ème) expose les œuvres du photographe du 12 avril au 18 mai.