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LAURÉATE DE LA BOURSE
2019

Projet primé: monter un spectacle et produire un album autour d’Astor Piazzolla dont on célébrera le centenaire de la naissance en 2021.

Je n’aurais jamais joué de bandonéon, si…« je n’étais pas née à Gennevilliers ! » Pas si étonnant quand on sait que la première école à dispenser des cours de bandonéon en France – et en Europe ! – est l’École nationale de musique de Gennevilliers. « Ma sœur, mon aînée de trois ans, étudiait cet instrument et mes parents étaient, et sont toujours, de grands mélomanes. » Environnement idéal pour le développement d’une vocation. Une précision : le bandonéon est un instrument à vent, à clavier et à soufflet, popularisé notamment par le tango, très à la mode en Europe dans les années 1920. Pour Louise, il est « expressif, intensément prégnant et si beau à voir ». Très tôt, elle a pu ainsi s’initier au tango et écouter de nombreux concerts donnés par les élèves et les prestigieux professeurs dont notamment Cesar Stroscio et Juan-José Mosalini. « Mon goût s’est forgé pour la musique et à l’image de mes parents, pour toutes les musiques, non pas simplement de Bach à Piazzolla, mais de Machaut à Ligeti, et plus encore, en passant par Monk, Mingus, et la création la plus audacieuse. »

Bandonéoniste
À 13 ans, Louise réunit ses parents et explique avec conviction qu’elle veut devenir bandonéoniste. La surprise passée, ils l’encouragent. Trois ans plus tard, elle obtient le deuxième prix au Concours international de Klingenthal, en Allemagne, catégorie soliste. Elle crée sa propre formation, le Louise Jallu Quartet, composée de Mathias Lévy (violon), Grégoire Letouvet (piano) et Alexandre Perrot (contrebasse). Ensemble, ils entendent « ouvrir l’univers du tango au jazz et aux modes de jeux contemporains ». Parallèlement Louise collabore avec le compositeur Bernard Cavanna, prépare la création d’un concerto pour bandonéon avec l’Orchestre de Bretagne (ça sera pour juin 2020). Elle crée également l’Édition bisonore consacrée à l’écriture du bandonéon. Tout ça, entre deux voyages, car vivre pour la musique, c’est aussi bien connaître les aéroports, les salles d’attente, les chambres d’hôtel, les loges de salles de concert. Parfois la salle est en Arménie, l’hôtel en Italie, les loges en Ukraine… parfois, c’est la Philharmonie de Paris, l’Opéra-Comique de Berlin, ou la Academia Tango Club de Buenos Aires.

Aujourd’hui, être interprète, c’est… « être un passeur, c’est proposer mais aussi restituer un répertoire tout en le rendant actuel, contemporain. J’ai pu ainsi écouter récemment le pianiste, David Kadouch, qui m’a fait redécouvrir des valses de Chopin ! Une musique si “rabâchée”, souvent jouée sans verve et qui, sous ses doigts, prenait une dimension exceptionnelle, j’étais envoûtée et tendue jusqu’à la dernière note. Voilà un interprète ! Notre rôle : rendre vivante et actuelle une œuvre, quelle que soit l’époque où elle fut écrite. » Ce qui peut paraître suranné devient actuel. Contemporain. « Il faut tisser des ponts entre le passé et le présent et les conjuguer sans cesse. » L’interprète, tout en réinterrogeant le passé doit aussi et surtout questionner l’avenir et susciter la création.
 
Astor Piazzolla (1921-1992)
C’est justement ce que Louise souhaite faire à partir de la musique d’Astor Piazzolla pour son nouveau projet. « L’interroger pour le projeter vers d’autres horizons. » Astor Piazzolla, « c’est la référence, la première porte pour découvrir le tango », s’amuse Louise. Aujourd’hui c’est l’icône du tango renouvelé, un compositeur qui fascine tout autant les milieux du jazz que ceux de la musique classique et sa dimension populaire reste très forte. « Il a toujours été une sorte d’outsider, y compris dans sa propre famille artistique mais aussi dans tous les domaines qu’il a abordés. » Ses mélodies ont fait le tour du monde.
 
La bourse
En 2021, on célébrera le centenaire de sa naissance (1921), de nombreuses formations vont reprendre les partitions originales et inonder les scènes d’un « Piazzolla revival ». Au contraire, Louise et son quartet souhaitent « s’échapper de l’original » et proposer une immersion nouvelle dans son univers : « garder les codes du tango, les modes de jeu si spécifiques tout en offrant des espaces de jeu ouverts à l’improvisation du jazz » explique Louise. La bourse va leur permettre de préparer l’enregistrement d’un album et de monter un spectacle qui tournera ensuite dans toute l’Europe. Et pour préparer le spectacle, financer trois ou quatre résidences de création avec les musiciens pour se plonger dans l’univers d’Astor Piazzolla et dépasser ses secrets de création.