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LAURÉATES DE LA BOURSE
2019

Projet primé: diversifier l’offre de leur librairie Lilosimages,à Angoulême (Charente) et en faire un acteur culturel de la ville.

Anaïs Combeau ne serait pas devenue libraire… « sans les attentats de 2015. J’étais en dernière année de fac, ils ont été un déclencheur : impossible de rester sans rien faire. Pour moi, deux choix seulement : soit je devenais gendarme pour protéger les gens, soit je devenais libraire pour les éduquer ». Il y avait d’autres métiers possibles –l’enseignement ? –, mais quand on veut ouvrir les cœurs et les esprits, il ne faut pas imposer, mais partager. Anaïs tranche : « L’école n’avait jamais réussi à me faire aimer un livre. » « Pour moi, précise Manon Picot, c’est un stage en librairie qui a été décisif. Depuis toujours, j’avais ce désir de travailler dans les métiers du livre. Au début, j’étais davantage attirée par sa conception, sa fabrication, le choix du papier, la typographie, la maquette. Mais après ce stage dans une librairie indépendante, j’ai revu mon projet professionnel. »
 
Lilosimages
On est à Angoulême, ville du neuvième art une fois par an. À cette époque, Manon et Anaïs ne se connaissent pas. L’une gère la librairie de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image – l’une des plus grandes de France spécialisées en bande dessinée. L’autre trouve une place de libraire à Lilosimages, librairie spécialisée jeunesse bien installée dans le centre-ville historique. La gérante doit partir, Anaïs rêve de reprendre la librairie. Elle se renseigne, étudie les possibilités, on lui conseille de rencontrer Manon, qui, forte de son expérience, pourra la guider. Mais seule, Anaïs ne peut porter le projet. Il faudrait s’associer. Naturellement, elle le propose à Manon. Pour Manon, la proposition est arrivée au bon moment. Parfois, tout estquestion de timing. Elle-même le reconnaît : « Seule, je n’aurais jamais sauté le pas. »
 
Aujourd’hui, être libraire c’est… « chercher l’équilibre entre le culturel et le financier, explique Manon. C’est lier le plaisir d’assortir les livres, d’orchestrer leur mise en scène et de les mettre en relation avec ceux qui les lisent, sans jamais se départir des aspects pratiques et financiers qui nous permettent de réaliser nos ambitions culturelles ».
« C’est avant tout le partage avec les clients, poursuit Anaïs. Être capable d’analyser leurs attentes pour y répondre, mais également pouvoir les emmener ailleurs, hors des sentiers battus et laisser place à la découverte. »

Lilosimages
Quand au printemps 2019, la gérante de Lilosimages part à la retraite, la succession est donc assurée. Les deux associées rachètent la librairie. « Notre projet, c’est de diversifier l’offre, de de reconquérir sa clientèle et devenir un acteur culturel du territoire. » Anaïs s’occupe du secteur jeunesse, Manon développe le secteur adultes. Elles ont une même vision : la librairie doit être tournée vers les lecteurs. Un objectif : « Pérenniser le commerce du livre en cœur de ville. »

La bourse
La bourse va permettre d’effectuer les travaux d’aménagement du local où il faut tout refaire, du sol au plafond. En changeant les linéaires, ce sont 400 références supplémentaires proposées aux lecteurs – petits ou grands. Autre chantier : revoir l’identité graphique de la librairie et l’enseigne. Manon s’en amuse : « Ce n’est même pas écrit sur la devanture qu’on est une librairie ! » Dans quelques mois, tout le monde le saura. Elles prendront soin, bien sûr, d’ajouter qu’il s’agit d’une librarie « indépendante ».