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LAURÉAT DE LA BOURSE
2020

Projet : raconter « le mirage américain des basketteurs africains » dans un reportage au long cours entre l’Afrique et les États-Unis.

Parfois, la vie ressemble à un scénario de film. Une rencontre fortuite et une carrière est lancée. Pour Romuald Gadegbeku, cette rencontre, c’est Franck Annese, jeune patron de presse qui a notamment lancé les magazines So Foot, So Film et Society. Romuald qui enchaîne à cette époque les petits boulots, après un Master de « Géographie du développement et dynamiques spatiales dans les pays du Sud », n’a alors qu’une vague connaissance du monde du journalisme.Cette rencontre va guider le reste de sa vie, lui offrir la possibilité d’une carrière.

« Le stage était très formateur, se souvient le journaliste autodidacte. On faisait tout : du portrait, de l’interview, du reportage, de l’enquête. » Il devient ensuite un pigiste régulier du groupe de presse So Press – mais travaille aussi pour Vice France, Le Monde, Le Temps, L’Équipe, Society... Il part voyager au Canada, fait (encore) des petits boulots (il faut bien vivre) et envoie régulièrement des articles pour la presse française. La pige, c’est un état d’esprit. Il faut aller chercher le sujet, trouver la bonne histoire à raconter, l’angle à suivre. « J’y ai pris goût, reconnaît Romuald. Ça donne l’opportunité de faire des reportages très différents. Il y a une grande liberté aussi. » Il aime les sujets autour du sport. « Mais quand j’écris un article, quel que soit le sujet, c’est toujours pour parler de la société et raconter des histoires profondément humaines. ».
 
Basket-ball
L’idée du reportage primé par la Fondation lui est venue en lisant un article dans la presse américaine. Romuald a voulu aller plus loin, comprendre, analyser pour mieux la raconter. Le sport, dont il sera question ici, c’est le basket-ball.

« Depuis quelques années, explique Romuald, la NBA colonise le continent africain avec sa NBA Academy Africa et sa Basketball Africa League. Ce sont des pépinières pour repérer les futurs cracks qui traverseront l’Atlantique pour jouer dans la prestigieuse ligue de basket américaine. » Le rêve américain pour des milliers de jeunes. Romuald recadre tout de suite : « Mais là où il y a du rêve à vendre, le cauchemar, aussi, se brade plutôt bien. » En effet, aux États-Unis, professeurs, coachs, agents, et autres intermédiaires pas toujours très intègres ont mis en place une économie aux frais de ces jeunes basketteurs africains qui rêvent d’une vie meilleure.

Romuald, qui aime explorer l’à-côté des mirages, veut les suivre, raconter leur histoire de Dakar (Sénégal) ou Yaoundé (Cameroun) à Charleston (États-Unis). « Je veux comprendre l’engouement récent né du basket, parler aux jeunes de l’Academy NBA de Dakar, la première lancée sur le continent. » Particularité – contrairement au football qui n’attire que de jeunes garçons – le basket-ball connaît une pratique féminine relativement importante sur le continent africain : « Les candidats à la migration sportive sont aussi des candidates » observe Romuald qui s’intéressera à la fois aux circuits de recrutement et aux dommages collatéraux sur ces jeunes.
 
La Bourse
« Dans cette histoire de migration autant que de basket-ball, on verra que ce n’est pas simple. » En effet, les histoires de jeunes gens littéralement abandonnés se multiplient. « Des jeunes sont livrés à eux-mêmes quand « l’institution » qui les a fait venir ferme ses portes. » Ce qui arrive malheureusement souvent. Romuald a déjà quelques éléments de préenquête, mais il veut aller plus loin. « Je suis un habitué de l’exercice du reportage, la bourse me donnera le temps nécessaire pour enquêter et raconter l’histoire en profondeur de ces jeunes basketteurs et de ces filières de recrutement. »