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LAURÉATE DE LA BOURSE
2020

Projet : écrire son deuxième roman, Auxiliaire, une fiction sur ces femmes invisibles qui vouent leur vie et leur quotidien aux autres.

A l’âge de 7 ans, Salomé Berlemont-Gilles joue à être écrivain en écrivant son premier livre qu’elle confectionne de la couverture à la dernière page. Comme toujours, le désir d’écrire vient d’éblouissements littéraires. Ça commence par les histoires que lui lit sa mère. Son père, lui, c’est la philosophie. Pour nourrir son appétit de lectures, ses parents lui ouvrent un compte dans une librairie. A l’adolescence, elle a déjà lu Nabokov et tout Dostoïevski.

Après le lycée, direction Sciences Po Paris. En fin d’année, un ami l’incite à participer à un concours de nouvelles : elle le remporte. Lors de la remise du Prix, elle croise une jeune éditrice qui lui remet sa carte. À 20 ans, Salomé publie Argentique, un court texte dans la collection « Plein feu » de JC Lattès. L’histoire se situe dans les bidonvilles de Mexico, et plonge sans fard dans l’effroi du tourisme moderne. Précision du trait, style nerveux : ça colle à l’esprit « engagé » de la collection.

Elle rencontre ensuite une éditrice de chez Grasset, Chloé Deschamps qui lit son manuscrit et l’encourage. « Elle me dit, c’est bien, mais une succession de tableaux ne fera jamais un roman ! » Salomé retravaille. « J’ai fait onze versions, on a travaillé ensemble pendant cinq ans ! » s’amuse aujourd’hui Salomé. Finalement, les efforts paient. Le roman Le premier qui tombera, raconte la descente aux enfers d’une riche famille africaine de Guinée que les conditions de l’exil en France entraînent vers un destin inéluctable de pauvreté et de délinquance et paraît en janvier 2020. En pleine promotion, le premier confinement arrête tout. Mais son roman bénéficie d’une soudainevisibilité : il reçoit au printemps le Prix Régine Deforges. « C’était fou ! ça a relancé la vie autour du livre ! ». Le roman reçoit aussi le Prix de la vocation 2020 et la Bourse de la Découverte Prince Pierre de Monaco.
 
Son prochain roman
Auxiliaire est une fiction autour d’un monde qu’on connaît peu quand on est en bonne santé. Les auxiliaires de vie, ce sont ces hommes et ces femmes qui accompagnent les personnes malades ou handicapées au quotidien. « J’ai travaillé quelques mois dans une entreprise qui s’occupe des personnes en situation de handicap. J’ai rencontré des femmes exceptionnelles qui ne portent pas le monde sur leurs épaules, mais des mondes. Pendant le confinement, la France était à l’arrêt mais elles, elles devaient continuer à faire des kilomètres pour aider, soigner, écouter, gérer la vie d’un autre, malade ou handicapé. « Et pourtant, ces femmes vivent dans une grande précarité. » Ce sera un roman engagé – mais Salomé perçoit la littérature ainsi. Sur les rayonnages de sa bibliothèque, on trouve James Baldwin, Dany Laferrière, Léonora Miano, Alain Mabanckou, Virginie Despentes.
 
La bourse
Pour écrire, Salomé n’a pas de rituel précis, mais elle prend beaucoup de notes lors de la phase préparatoire. « J’ai toujours des carnets sur moi, je note des phrases, des idées, après je me sépare des carnets, ils n’ont pas de destins réfléchis. » Quand elle a assez de substance, elle affiche tout un tas de documents, sur le mur devant son bureau : des images, des peintures, un plan du métro de Paris…« J’ai besoin de voir le roman en trois dimensions. » Enfin, elle peut s’y mettre. Pour Auxiliaire, elle va avoir aussi de longues interviews à décortiquer. « Je pense qu’on a tous les droits quand on écrit de la fiction mais pour ce roman, je ressens le besoin d’asseoir la fiction sur de vrais témoignages. »

« La bourse va me permettre de prendre du temps pour écrire. C’est un luxe, aujourd’hui, pour les auteurs, on est obligé d’avoir une activité à côté. » A côté de l’écriture, Salomé vient de lancer une agence de transformation digitale qui accompagne les entreprises à passer au numérique. Mais pour le moment, son projet, c’est son roman.