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LAURÉATS DE LA BOURSE
2018

Projet primé : développer La légende du pont brisé, un jeu d’aventure et d’infiltration exclusivement audio destiné aux non et malvoyants.
 

Quand on mène un projet à plusieurs, il faut être bien organisé. Heureusement, la petite équipe menée par Benjamin Darmon utilise des outils de gestion qui facilitent le travail à distance. D’autant qu’ils travaillent tous à côté de cet ambitieux projet. Les journées sont longues et les nuits, courtes. Comme le résume Benjamin, en riant : « Si on ne le fait pas à notre âge, on le fera quand ? » L’âge ? Évacuons tout de suite cette question : 22 ans pour Benjamin Darmon. Romain Cavrot, 23 et Raphaël Raizon, 21. Une équipe jeune et dynamique. Pleine d’avenir.
 
 
Son sans image
La musique est omniprésente dans la vie de Benjamin – il joue de l’alto depuis l’âge de 5 ans. Il s’est toujours intéressé « à la sémiologie du son et de la musique ». Naturellement, il passe une licence de Desing Sonore (de l’école ACFA Multimédia de Montpellier), puis suit une formation en jeu vidéo qui lui permet d’en comprendre le fonctionnement, de se familiariser avec la programmation, la création de boucle dans lesquelles les joueurs évoluent. C’est pendant ses études qu’est née l’idée d’un jeu audio à destination des malvoyants. « En faisant un test, j’ai exploité un game play et je me suis aperçu qu’il pouvait faire un jeu. » Ça paraît simple. Ça l’est moins quand on doit développer le jeu.
Le jeune étudiant crée alors une start-up – Interactive Design Of Sound. Très vite, il sait qu’il a besoin de s’entourer. Il se tourne vers son plus vieil ami, Romain, rencontré sur les bancs du Conservatoire – il pratiquait le basson. Après son bac, Romain suit alors un master à l’Université d’Avignon au Centre d’Enseignement et de Recherche en Informatique (CERI), tout en occupant un poste de développeur web au sein d’une entreprise. Le projet de Benjamin l’enthousiasme. Ses compétences lui permettent de résoudre des questions techniques. « Il m’aide pour le code mais aussi pour constituer les dossiers pour chercher des subventions. » La complémentarité est la clé d’un tel projet.
Raphaël, de son côté, titulaire d’un BTS Management des Unités Commerciales rejoint le duo. Il s’occupe naturellement du marketing et de la communication, la recherche de partenaires et de financement. « C’est compliqué parce qu’on a tous nos vies à côté. On a presque 18 métiers en même temps ! » Il faut être multitâches. « C’est l’esprit start-up. » L’autre particularité : travailler 4 ou 5 ans sur une application sans savoir si ça sera rentable. Il faut croire au projet, avoir la tête et les épaules.
 
Le projet
Ce jeu d’aventure est un voyage dans le temps et se déroule dans la ville d’Avignon en 1476. La légende du pont brisé propose un game play basé sur les réflexes auditifs des joueurs. « Concrètement, lorsque le joueur se retrouve confronté à un adversaire, par exemple au corps à corps, sa position est verrouillée dans un duel. Le joueur peut alors anticiper les mouvements de l’adversaire grâce au son associé à son arme. » Le râle d’agonie d’un ennemi, la chute d’un corps au sol, chaque son donne au joueur différentes informations sur son état physique et sa position dans l’espace. Des leitmotivs musicaux viennent également caractériser les différentes situations de jeu.
« Notre création audio-interactive repose principalement sur une immersion sonore dans le monde des non-voyants. C’est pourquoi, les bases de notre univers de jeu doivent provenir d’une dimension spatio-temporelle connue de tous. Soutenu par la technologie binaurale, c’est un véritable univers sonore qui s’installe autour du joueur. » Technologie binaurale ? C’est notre capacité d’écoute naturelle à percevoir notre environnement sonore avec nos deux oreilles. La recherche a permis de mettre au point des techniques de reproduction, offrant à l’auditeur muni d’une simple paire d’oreillettes ou d’un casque audio classique, d’entendre un son « 3D ».
Pour rendre l’expérience plus crédible, Benjamin multiplie les partenariats. L’un avec l’université d’Avignon qui valide la vraisemblance des sons. L’autre avec le Conservatoire à Rayonnement Régional d’Avignon qui enregistre la bande son. Enfin, l’association Valentin Haüy qui accueille des personnes en situation de handicap visuel et celles menacées par la malvoyance ou la cécité,organise fréquemment des séances de test pour évaluer le jeu.
 
La bourse
« La bourse va nous permettre d’embaucher un game designer – c’est lui qui conçoit le game play, c’est-à-dire le concept, la mécanique du jeu – et un ergonome qui travaillera sur l’accessibilité. Pour un projet comme celui-ci nous devons nous entourer de gens compétents. » Benjamin espère aussi pouvoir créer plus de niveaux dans le jeu. La route est encore longue – même dans le noir. La mise en ligne est programmée pour 2021. Le rendez-vous est pris.