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LAURÉATE DE LA BOURSE
2019

Projet primé: développer l’application Eliza, une œuvre narrative pensée pour les assistants personnels (enceintes connectées,Smartphones)

Je ne me serais pas tournée vers l’écriture numérique si… « je n'y avais pas trouvé les moyens de remettre en cause nos usages quotidiens ». Pour questionner la place des technologies, il faut non seulement les expérimenter et se laisser ébranler par elles mais également laisser parler leur imaginaire. La fiction numérique permet cela : mettre en récit nos fascinations et nos fantasmes pour les machines que l'on crée.
 
Deux parcours
Léa, malgré ses 29 ans, compte déjà deux parcours professionnels. Après son Master de Science Po, journaliste elle enchaîne les piges (Le Monde diplomatique – prix du Monde diplomatique en 2014 –, Causette, Néon, Libération, Politis, National Geographic, Le Monde des Religions…) ; elle monte le Collectif Singulier rassemblant quatre journalistes indépendants qui ont uni moyens, idées et compétences pour répondre à tous les aspects du métier. Fascinée par les webdocumentaires et les autres formats interactifs, elle travaille parallèlement comme chargée de projets pour Upian – société de production de documentaires innovants – puis pour Cinétévé Expérience – un label spécialisé dans la fiction interactive. « Dans le monde du numérique, on a moins de moyens que dans la fiction classique, mais une envie folle de réinventer les formats. On ne sait pas exactement comment ça va se passer, on est dans l’innovation. » Léa comprend qu’il y a dans ce qu’on appelait alors les « nouveaux médias » un espace de liberté renouvelé.
 
Aujourd’hui, l’écriture numérique est… « unautre langage avec lequel on peut jouer, créer, inventer mais aussi philosopher. C’est aussi un moyen, dont, étrangement, on se sert peu pour raconter des histoires». Léa aime questionner nos pratiques. Aujourd'hui, il nous est complètement naturel d'interagir avec des machines, presqu'autant qu'avec nos pairs.".
« A l’heure où nous invitons des enceintes connectées dans nos salons, il me paraît nécessaire d’interroger le rapport émotionnel que nous développons avec les intelligences artificielles. »
Léa entend ne pas accepter les objets tels qu’ils sont mais faire réfléchir sur le monde en  portant un regard philosophique sur leur place dans nos vies. Désormais, l'intelligence artificielle est là. Qu’elle se nourrisse de nos données ou non, elle n’en demeure pas moins une nouvelle présence. Quels liens pouvons-nous créer avec elle ?
« Passer par la fiction, c’est un moyen de concerner les gens. La fiction permet de réduire la distance. » Ainsi naît le projet Eliza.
 
Eliza
« Assistante personnelle spécialisée en romance, experte en concubinage, passions dévorantes et inclinaisons de toutes sortes, virtuose du désir et de l’attachement. » C'est ainsi qu'Eliza se présente, et pourtant vous ne pourrez pas la rencontrer en personne: c’est une application pour interface connectée. Et même plus : « C’est une fiction qui explore notre rapport affectif à l’intelligence artificielle. » Mais encore ? « Une expérience interactive, diffusée grâce aux assistants personnels avec laquelle on interagit par la voix. »
 
Reprenons plus calmement. Léa résume son intention : « Avec cette expérience, je souhaite interroger l’utilisateur sur sa propre empathie. Sommes-nous capables de ressentir une émotion pour un algorithme ? » Eliza commence l'expérience en vous posant des questions, en écoutant vos confidences. Mais, peu à peu, elle s'interroge sur l'amour et la relation que peuvent entretenir deux êtres comme vous et elle.
 
Léa garde un souvenir vivace de ses premiers jouets parlants : l’enfant solitaire pouvait espérer une relation simple et claire, une affection honnête et pure – mais doit se confronter avec tristesse au manque de réciprocité, explique Léa. Avec Eliza, elle veut donner le sentiment d’être entendue par le narrateur. Pour lancer le récit, Eliza pose à l’utilisateur des questions basiques : « Où as-tu aimé la première fois ? », « Qu’est ce qui t’a fait le plus mal ? » Elle questionne avec tendresse, sans insister. Le maître mot est : bienveillance. Eliza fait preuve de compréhension et d’empathie. Elle invite à la confidence, pose les bonnes questions pour susciter des réponses riches afin de nourrir et enrichir son récit. Elle murmure au creux de l’oreille l’histoire que l’on veut entendre.
 
La bourse
Il y a des défis techniques à relever et la bourse va permettre de commencer à s’y frotter. Léa souhaite travailler avec une voix de synthèse : « Je trouve touchant quand une voix synthétique nous émeut en ayant quelque chose de profondément humain. » Mais il est difficile d’imaginer une voix synthétique sur la longueur du programme. Il est nécessaire de travailler avec une actrice, et ensuite de synthétiser sa voix, explique Léa en détaillant la procédure. « Ça permet d’avoir une palette plus large, dans les émotions et les intonations. » L’idée est d’avoir un prototype – avec oreille attentive et voix synthétique – au premier semestre 2020.