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LAURÉATE DE LA BOURSE
2019

Projet primé: réaliser Été 1996, un court métrage d’animation en 2D rotoscopie et crayons de couleur.

Je ne serais pas devenue réalisatrice-illustratrice si…« je n’avais pas expérimenté la conception du dessin animé au lycée, en option arts plastiques. » Évidemment, Mathilde allait au cinéma et ne ratait jamais les films des studios Disney, ni ceux du génial Hayao Miyazaki, comme tout le monde. De même, il va de soi qu’elle dessine depuis son plus jeune âge. Elle se souvient avec humour qu’enfant, elle ambitionnait plus tard de dessiner, de publier des livres et de les vendre dans son propre magasin. Une façon comme une autre de contrôler la chaîne du livre. Mais c’est en expérimentant que la vocation est née. « J’ai été fascinée, une fois les dessins mis bout à bout, que le film prenait vie de manière autonome, m’ouvrant alors des tonnes de possibilité d’histoire ». Et cet émerveillement n’a jamais cessé.
 
Parcours
Diplômée des Arts-décoratifs de Paris en cinéma d’animation, elle travaille plusieurs années dans une agence de communication et de publicité où elle réalise des films d’animation pour des clients. « J’avais une certaine liberté, ce qui m’a permis d’expérimenter de nombreux univers graphiques, de faire des recherches artistiques et techniques. » Parallèlement, Mathilde écrit, essaie des choses, lit, regarde des films. Les idées fusent. « Tout était bon à prendre pour enrichir ma pratique et stimuler mon imagination. » Elle décide de se mettre à son compte et développe de davantage de projets personnels (des clips numériques en rotoscopie, cette technique consiste à relever image par image les contours d’une figure filmée en prise de vue réelle pour en transcrire la forme et les actions dans un film d’animation, des clips en animation 2D, des films d’animation…). Mathilde aime travailler au crayon de couleur, sentir la mine qui glisse sur la feuille rendue fragile. Le frisson de la création.
 
Aujourd’hui, l’animation permet de… « dire des choses qu’on ne pourrait pas montrer en film. Soit des sentiments simples qui sembleraient un peu niais dans un film, soit, au contraire, des choses très dures que le film ne peut pas montrer ». Exemple : les films d’animation Les Hirondelles de Kaboul (de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec) ou Valse avec Bachir (d’Ari Folman). « J’ai de la chance d’arriver après des auteurs comme Marjane Satrapi : désormais le film d’animation n’est plus considéré comme un art mineur destiné seulement aux enfants. Contrairement aux films en prise de vue réelle, l’animation permet de partir d’un monde réaliste et de basculer dans un monde onirique et imaginaire. » Mathilde souhaite faire des films optimistes et solaires en explorant l’intime, les moments de bascule entre les âges. « J’ai une tendance à la nostalgie », s’excuse-t-elle.
 
Été 1996.
Son projet de court métrage ne nous étonnera donc pas. Revenons sur sa genèse. En découvrant une K7 intitulée « Carantec- île Callot » dans la cave de son père, Mathilde se replonge dans l’été de ses 7 ans. « Je retrouve des souvenirs oubliés, je découvre des moments de vie décousus, mal filmés, sans queue ni tête, drôles, voire expérimentaux, aux dialogues surréalistes, aux onomatopées échappées d’un film de Tati ; mais je vois aussi des sentiments manqués, des regards oubliés, des visages trop proches, flous, expressifs ou pudiques, surpris ou intrusifs… » Elle résume : « Un chaos émotionnel auquel je ne m’attendais pas. » Elle décide d’en faire un film. En s’appuyant sur les archives des vacances d’été de sa famille, elle souhaite raconter l’histoire de Paul, un jeune garçon de 7 ans, parisien, qui passe ses vacances en Bretagne. Le 15 août, toute la famille part pour un grand pique-nique sur l’île Callot, reliée au continent par une petite route submersible. Mauvaise idée. Coincés par la marée, ils sont contraints de passer la nuit sur l’île. Cette expérience va être pour Paul, rattrapé par ses angoisses, une véritable épreuve, aussi onirique qu’initiatique.
 
La bourse
Pour ce projet, Mathilde utilisera une gamme pastel crayonnée harmonieuse et chatoyante, assez proche de l’hyperréalisme. Et elle travaillera en rotoscopie. Cette technique demande du temps et, si elle compte s’appuyer sur les images d’archives, elle devra aussi tourner de nouveaux plans sur place, entre Carantec et l’île Callot, pour avoir toute la matière sonore du décor du film. Par ailleurs, si les grands axes sont tracés, Mathilde souhaite travailler avec un  coscénariste pour renforcer la trame narrative. La bourse lui permettra de réunir de bonnes conditions pour aller au bout de son projet. C’est un art où l’on pense en seconde. Précision : un film de trois minutes demande trois mois de travail et plus de 2000 dessins. Eté 1996 devrait durer dix minutes. On vous laisse faire le calcul.