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LAURÉAT DE LA BOURSE
2020

Projet : réaliser, au feutre sur papier, Margarethe, un court-métrage qui raconte la vie d’une jeune artiste vivant en RDA avant la chute du mur.

Quand, au bout de quelques minutes de discussion, Lucas Malbrun annonce être né à Munich, on est surpris : il n’a aucun accent. Son père est français, s’empresse-t-il de préciser. Sa mère est allemande et professeur d’arts plastiques. Le goût du dessin vient sans doute de sa mère, celui de l’image animée, de son père, passionné de cinéma.

Il arrive à Paris en 2008 pour étudier à l’ENSAD. Il obtient son diplôme en 2015 et intègre le collectif de réalisateurs Babouchka. Son film de fin d’étudesremporte le prix du court-métrage animé au festival Toronto Film Week (en 2016). Depuis il réalise des clips et des courts-métrages d’animation à côté de sa pratique de dessinateur.
 
Margarethe
Son projet de court-métrage, Margarethe l’accompagne, justement, depuis 2015. « J’ai développé l’histoire du film à partir d’influences personnelles, fictionnelles et historiques » précise-t-il. L’idée du film est née d’un sentiment de révolte face au sort tragique de Gretchen dans Faust de Goethe, que tout le monde connaît outre-Rhin. La passion de Gretchen qui tient à un mensonge, l’entraîne vers sa perte. Ce conte hante Lucas. « J’ai ressenti ce même sentiment d’injustice face au témoignage d’une femme qui raconte avoir été espionnée par son mari en ancienne RDA » explique Lucas. Ça a duré des décennies. Ce n’est qu’après la chute du mur qu’elle a appris que son mari était un espion de la Stasi, formé pour séduire des opposants politiques dans le but de les contrôler. « Comme Gretchen, l’amour de cette femme a détruit sa vie et l’a amené au bord de la folie. » A partir du sentiment de révolte provoqué par ces deux histoires très différentes, Lucas a commencé à écrire le film « avec la conviction qu’il y existe un schéma universel commun ».

Margaretheraconte la vie d’une jeune artiste vivant en RDA, et son amour pour un jeune homme jusqu’à la chute du mur en 1989. « Le contexte historique et politique du film a nécessité un travail très important de documentation que j’ai réalisé au cours de ces dernières années. »

Margarethe est un projet d’animation ambitieux, tant du point de vue de l’histoire que de la technique. Le film, dialogué, durera une vingtaine de minutes. « Je pense qu’une certaine durée est nécessaire pour pouvoir rentrer dans l’intimité de mon personnage principal et développer les différents éléments de la narration. » Si Lucas attache une grande importance à l’esthétique du film, il souhaite laisser au spectateur la possibilité de s’immerger dans l’histoire, la petite autant que la grande. « L’animation s’est imposée à moi comme la meilleure manière de réaliser un film d’époque. Elle permet également d’opérer des glissements entre Histoire et intimité des personnages. »
Le film sera réalisé au feutre sur papier. « C’est une technique qui m’est chère et que j’ai eu l’occasion de développer dans mon travail de plasticien. » Amateur de l’art brut d’un Henri Darguer, par exemple, Lucas voudrait que son film – son premier projet vraiment personnel, s’inspire de Perfect blue de Satoshi Kon, notamment dans sa façon de traiter la paranoïa. « La confusion entre le voyeur et le regardé, entre le persécuteur et le persécuté me paraissent particulièrement bien mis en scène et la construction autour d’un personnage principal est semblable à ce que je vois pour Margarethe ».
 
La bourse
Lucas aime s’isoler pour écrire. D’autant qu’il s’est surchargé de documents visuels et d’archives de la Stasi pour le scénario. Il a obtenu une aide du CNC qui lui a permis de finir l’écriture. La bourse va lui permettre de faire des tests d’animation de quelques moments clés et de s’entourer d’une équipe. On n’est jamais seul quand on fait un film. Et Lucas aime cette nouvelle phase plus collaborative.