Accueil // Les Bourses // Auteur de documentaire // Dhia Jerbi
LAURÉAT DE LA BOURSE
2019
Projet primé: réaliser en Tunisie Des espoirs, un récit-documentaire pour comprendre l'origine de son bégaiement.

Je ne serais pas devenu auteur de documentaire si…« en décembre 2010 la jeunesse tunisienne ne s’était pas révoltée ». C’est la révolution de Jasmin. À ce moment-là, Dhia Jerbi est adolescent. Après son bac il a intégré une école préparatoire en biologie et géologie pour devenir ingénieur. Alors que lui, ce qui l’anime, c’est le cinéma. Ses proches l’ont convaincu d’une chose : « Le cinéma est un art de riches. » Et en Tunisie, impossible d’en vivre décemment. Quand la jeunesse tunisienne se soulève, Dhia – déjà très impliqué au sein du mouvement syndical étudiant – s’engage sans hésiter. Il mène la révolution pour son pays, mais il fait aussi sa propre révolution : il arrête son école et s’oriente vers le cinéma.
 
Retour au pays
Mais la révolution est un échec. Légère amertume « face à la démocratie toute neuve et pourtant si vieille, soucieuse de garantir à ceux qui les possèdent les privilèges acquis pendant la période Ben Ali ». Dhia décide de venir en France pour poursuivre sa formation, d’abord à Grenoble puis à l’École documentaire de Lussas (Ardèche). Il réalise des courts métrages, travaille sur des films, développe ses propres projets, cherche à maîtriser « la composition des cadres et la fluidité du montage ». Justement, flash-back : Dhia a grandi en exil, aux Émirats arabes unis, dans une atmosphère dite « de gauche ». L’émancipation de la classe ouvrière, les luttes pour la liberté étaient les principaux sujets de discussion à table. En 2003, sa famille revient au pays. Il a alors 12 ans. Et ce retour – pourtant souhaité plus que tout par Dhia – va changer sa vie…
 
Aujourd’hui, être auteur de documentaire, c’est…« un moyen d’exprimer ce que ma parole n’arrive pas à traduire ». Car en revenant en Tunisie après 15 ans d’exil, un événement se produit dans la vie de Dhia. Quoi ? Il ne le sait pas, sa mémoire se dérobe. Un traumatisme ? Sans doute, mais ses parents éludent la question. Une chose est sûre : désormais, il bégaie. Pour comprendre la raison de ce trouble soudain, il doit enquêter… sur lui-même. Et le récit documentaire va lui permettre de renouer avec une parole libre et fluide. Comme si l’image et le son allaient lui rendre la parole. « Cette condition dont je souffre a beaucoup influencé mon rapport au monde et a façonné la manière dont je le perçois. » Il faut éclairer les zones d’ombre, d’autant que Dhia devient papa. On ne peut pas taire indéfiniment les réponses : ça devient une question de transmission.
 
Le projet et la bourse
Le filmDes espoirs est une quête intime, guidée par le besoin d’un père d’offrir le meilleur à son fils – et pour commencer, la meilleure élocution possible. En effet, inquiet à l’idée de transmettre son bégaiement, Dhia, pousse la porte d’un cabinet d’orthophonie. Le spécialiste l’incite à identifier les origines de son trouble. Dhia décide alors de ne plus reculer. Il ne s’agit plus seulement de réapprendre à parler mais de savoir quelle histoire – de la Tunisie, de sa vie, de sa famille – raconter à son fils. « Ce film sera un espace de réconciliation entre la Tunisie et moi. Il entremêlera les rêves d’une génération, les désillusions d’un peuple et les histoires d’une famille dans une même trame narrative. »
 
La bourse
La bourse permettra dans un premier temps d’aller en Tunisie réaliser un teaser afin de trouver d’autres sources de financement. Puis, dans un second temps, d’acheter du matériel professionnel pour être libre de ses mouvements, « laisser le réel s’accrocher ou glisser », susciter des révélations inattendues, faire surgir la vérité. Si Dhia ressent le besoin de scénariser sa trajectoire personnelle, de « projeter une route sous [s] es pieds », il espère bien se laisser guider par les rencontres. Il posera alors sa caméra dans les lieux les plus signifiants, pour attraper au vol les regards les plus révélateurs. Ça va lui demander du temps. Maintenant, il l’a. Le tournage est prévu pour l’hiver 2020, afin de bénéficier « de la douceur de la lumière et de l’ambiance particulière à cette saison ».