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LAURÉAT DE LA BOURSE
2016

Projet primé : écrire et réaliser "Charon", une minisérie – drôle et caustique – sur le passeur des Enfers.

Cinéaste
Depuis l’âge de 10 ans, Joseph Minster, sait qu’il veut être cinéaste. Ça ne vient pas de son père (architecte) ni de sa mère (enseignante), mais de Georges Lucas (qui ne fait pas partie de sa famille, aux dernières nouvelles). Joseph découvre Stars Wars à l’occasion de la sortie des versions restaurées. « Ce fut un véritable choc. » Comme pour beaucoup. « Mais le vrai choc, c’est quand j’ai compris que je ne pourrais pas être Jedi » s’amuse Joseph. Restait alors le cinéma. Une tante lui prête un caméscope et à chaque vacances, il tourne ses premiers films, des histoires de famille où l’on voit grandir, d’une année sur l’autre, Joseph, ses frères et ses cousins. Comme quoi, l’ennui est bénéfique. « ça m’occupait une année : j’écrivais, on tournait l’été, et je passais un an à faire le montage. » Tout le monde encourage la passion de Joseph. Comme il n’y a pas de télé à la maison, quand il arrive en troisième, ses parents investissent dans une caméra DV et un ordinateur. Petite révolution, fini le bricolage avec le caméscope.
Après le bac, il quitte la Haute-Savoie et s’installe à Paris pour faire hypokhâgne, puis khâgne, à Louis-le-Grand. Joseph ne cessera de mener de front formation en lettres et cursus cinématographique. Après son Master 1 à la Sorbonne consacré « au mythe d’Ariane dans la première moitié du XXe siècle », il entre à la Femis (section réalisation). Ce qui ne l’empêchera pas de continuer à écrire. Les deux activités sont aussi liées que dissociables. « Je réalise des films que j’écris, et d’autres que je n’écris pas. Et l’inverse est aussi vrai, j’écris des scénarios que je ne réalise pas. » En sortant de la Femis, cet « accélérateur de carrière », comme il dit, il se sent armé pour devenir cinéaste, mais, il termine son cursus universitaire. « Pour me remettre à lire… » dit-il. Son Master 2 de littérature générale et comparée à la Sorbonne-Nouvelle a pour thème « le personnage dépressif dans un contexte comique ». Tout un programme. Depuis trois ans, tout en enseignant l’histoire et la théorie du cinéma à l’université ou en lycée, il écrit et réalise des films et des courts métrages pour le moment.
Avec deux amis, Chloé Chevalier et Clément Schneider, ils écrivent un projet de long métrage pour lequel ils obtiennent le prix spécial du jury Sopadin junior. Ils prennent l’habitude de collaborer. Tout en travaillant chacun sur ses projets, ils se retrouvent régulièrement sur les films des uns ou des autres, se nourrissant ainsi réciproquement de leurs expériences. Joseph le reconnaît, il aime travailler « en bande ». Dans un cours sur Dante, lui vient l’idée de Charon (prononcez Karon). Depuis deux ans, il travaille sur ce projet. « J’étais peu familiarisé avec l’écriture télévisuelle et ses contraintes, j’ai donc d’abord expérimenté le contenu et le format sous forme de websérie en tournant des épisodes tests en autoproduction. » Leur diffusion lors du festival Séries Mania 2016 et l’implication de deux productrices le déterminent à faire évoluer Charon vers une série TV.

Charon
Charon, c’est le passeur des Enfers. Dans la mythologie grecque, ce personnage fait traverser le Styx aux morts. Dès que l’un d’eux se présente sur la rive, la barque de Charon apparaît pour le prendre en charge. Le Charon qu’imagine Joseph est du genre râleur, grossier, en colère et caractériel. Sa condition l’exaspère et il rêve d’avoir une nouvelle mission. « L’ambition de cette série est d’abord de faire rire, un rire sincère. » Joseph – et nous aussi – a en tête la série Kaamelott d’Alexandre Astier. Pour le décor, Joseph pense à un lieu précis. Un petit hameau de la Nièvre, Le Port-Tharreau, qu’il connaît bien. Autrefois, il y avait même un passeur qui faisait traverser la Loire. « J’ai pensé instantanément à la poésie de ce lieu » explique Joseph. Et pour Charon, ce sera l’acteur Basile Lacœuilhe, rencontré à la Femis. « Chaque épisode peut se regarder pour lui-même, comme le portrait comique d’un homme ou d’une femme au moment de sa mort. » On retrouvera aussi des personnages récurrents.

La bourse
« La bourse va me permettre de me consacrer pleinement à l’écriture de Charon. Je vais aussi pouvoir m’entourer et surtout rémunérer deux scénaristes » s’enthousiasme Joseph qui se donne quelques mois pour avoir une première saison solide à présenter à un diffuseur. Sans trop trainer non plus : « À un moment, c’est bien de connaître le diffuseur final, parce que ça peut influencer la fin de l’écriture. ». Dans le bon sens de la rive, on espère.