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LAURÉATE DE LA BOURSE
2016

Projet primé : réaliser un photoreportage au Groenland afin de révéler l’impact de l’industrie minière sur les populations locales.

Environnement
À l’âge de 17 ans, elle pose ses valises en Angleterre où elle suit des études de communication visuelle, notamment au Royal College of Art de Londres. C’est là que la rencontre avec la photographie s’opère. « Au début, je pensais faire du journalisme, mais j’ai eu pour la photo une réelle passion. » Anna s’offre son premier appareil argentique et étudie plus spécifiquement la photographie au Saint-Martin College of Art & Design.
Ses études terminées, elle trouve un poste d’assistant photographe en France, au bureau parisien du New York Times. Quand en juin 2015, le journal quitte le quartier de La Défense et installe le siège social de son édition internationale à Londres. Anna décide de rester. « J’avais des amis en France, une vie sociale, et aucune raison de repartir à Londres » résume-t-elle. Elle profite de l’occasion pour se lancer en indépendante. Très vite elle publie dans The Guardian, New York Times, et travaille pour Reuteurs ou CNN. Ce qu’elle aime avant tout c’est l’investigation. Aller à la rencontre de gens, les interviewer, chercher les lieux les plus reculés, les histoires inattendues. Anna aime les sujets qu’on ne voit pas ailleurs. « J’ai toujours voulu révéler les histoires invisibles et inconnues. »

L’ailleurs
L’ailleurs, le dépaysement, l’insolite, elle le trouve notamment dans le grand nord. « J’ai fait un jour un voyage en Islande pour un projet d’étude autour de l’impact de la géothermie sur l’environnement. » raconte Anna. « Ce fut une révélation. » Ainsi depuis six ans, Anna s’est trouvé une double spécialité : les pays Nordiques et les questions environnementales et sociales. Dans ses reportages, elle mêle et entremêle les deux. Par exemple, elle a réalisé un documentaire sur l’exploitation du charbon dans l’archipel Svalbard, situé à mi-chemin entre la Norvège et le Pôle Nord. Sur les clichés en noir et blanc, on voit exclusivement des hommes. Ils viennent sur l’île pour un temps limité et repartent. On ne vit pas à Svalbard. « C’est un simple lieu de travail » explique Anna. On est loin de l’image que l’on se fait généralement de l’Arctique. « Quand on tape « Groenland » dans un moteur de recherche, on ne voit que des articles sur les ours polaires ou le taux de suicide des habitants. » regrette Anna. Il y a une autre réalité qu’il faut aussi montrer. « Si c’est facile d’aller photographier la Scandinavie, ça l’est moins de passer quatre semaines dans le Grand Nord ! » résume-t-elle sans aucune fanfaronnade. Sur les questions environnementales, elle a travaillé aussi avec de nombreux organismes de recherche comme l’European Institute for Air Research, le Norwegian Polar Institute, ou l’Institute for Polar Research qui mène notamment un projet européen sur la recherche marine polaire. Anna a pu ainsi passer plusieurs semaines dans la base de recherche Zeppelin, afin d’observer les conséquences du réchauffement climatique sur l’atmosphère. « L’accès y est très limité et contrôlé, seuls quelques scientifiques peuvent venir-là. » explique Anna qui ne craint pas les conditions extrêmes (La température peut atteindre -48°, rendant les appareils numériques inutilisables.) Quand un visiteur arrive, les relevés s’arrêtent pour ne pas fausser les mesures des instruments de recherches. Le Groenland, c’est aussi grand que l’Europe. Pour rejoindre les territoires qu’elle affectionne, Anna doit prendre cinq vols – dont deux hélicoptères – et finir le chemin par une journée en traîneau à travers des paysages magnifiques – « mais menacés par les changements climatiques et l’exploitation minière ! » D’où l’idée de son nouveau projet.


Saisir les changements
Anna souhaite repartir en Arctique qu’elle connaît bien maintenant. « Pour l’œil du touriste le Groenland semble figé dans le temps et la glace. Mais à chacun de mes séjours je peux constater qu’il change, qu’il bouge, et surtout : qu’il disparaît. » La banquise fond. De nouvelles perspectives économiques se développent notamment avec l’industrie minière et la production d’énergie. « L’Arctique détient 13 % du pétrole et 30 % de gaz naturel non-découverts dans le monde, selon une étude américaine. » On comprend que ces richesses suscitent des convoitises… Depuis 2014, l’industrie minière s’est développée. On en parle très peu, constate Anna. « Je voudrais étudier l’impact de cette industrie sur l’environnement et la société. Montrer comment « cette fièvre minière » affecte les populations locales, la vie quotidienne des Inuits, leur culture et traditions et aussi saisir comment ils s’adaptent à ces changements. » Concrètement, les activités traditionnelles (la pêche, la chasse,…) disparaissent au profit de l’exploitation minière.
La bourse va lui permettre d’organiser son départ. On l’a dit, le voyage est long, il faut aussi se loger sur place, s’équiper et engager des traducteurs. Et prévoir aussi les moyens de sensibiliser l’opinion sur ces questions grâce à des expositions, une publication d’ouvrage, un site internet spécialisé. Il lui reste un peu de temps pour s’organiser avant le printemps, date fixée pour le premier séjour. « Quand la neige commence à fondre, la toundra apparaît. On ne peut pas imaginer la richesse des couleurs ! » s’enthousiasme Anna. Ça sera aussi l’occasion de montrer que le Groenland n’est pas qu’un pays tout blanc…