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LAURÉATE DE LA BOURSE
2016

Projet primé : poursuivre l’installation et développer l’offre de la librairie généraliste Les Jours Heureux, à Rosny-sous-Bois (93).

Lien social
« Je n’ai pas toujours voulu être libraire » confie Corisande Jover, rappelant ainsi que la vocation ne permet pas seule de vivre pleinement ses projets. Elle a travaillé plusieurs années pour un cabinet de conseil qui accompagnait les collectivités locales et les institutions dans le domaine de la maîtrise de l’énergie et de la lutte contre le changement climatique. « J’aimais ce travail, j’avais le sentiment d’œuvrer pour le bien-être de tous » explique Corisande qui n’a pas hésité à tout plaquer, à 26 ans, pour se lancer un défi : celui de créer une librairie en Seine-Saint-Denis. « Ce projet est né de rencontres et de discussions avec les habitants du Blanc-Mesnil. Il n’y avait pas de librairie, j’avais envie de remédier à cette carence. » Corisande a toujours lu des romans, des essais, elle a fréquenté les librairies et elle ne pouvait pas concevoir qu’une ville de 50 000 habitants n’ait pas sa librairie. Après deux mois de stage pour appréhender la réalité du métier, s’ouvre La Librairie Générale, en 2011. « Ce fut tout de suite un succès », se souvient Corisande. La librairie venait bien combler un vide. Les rencontres et les animations se multiplient. La clientèle est de plus en plus fidèle. Mais… (il y a souvent ce mais) les grands lecteurs sont peu nombreux, et les grands succès de caisse restent la prescription scolaire. L’équilibre financier est trop juste. Les perspectives de développement sont limitées. Corisande a peur de s’essouffler, il faut agir… Fermer la boutique, elle ne peut s’y résigner, elle n’est pas du genre à renoncer. Une double conviction l’anime : la Seine-Saint-Denis, c’est son territoire ; la librairie, c’est son métier. Avec l’association des librairies indépendantes de Seine-Saint-Denis, elle cherche une nouvelle ville. Ainsi apparaît Rosny-sous-Bois. Sur le papier, le projet est réaliste. Il n’en faut pas plus à Corisande pour se lancer. « Il n’était pas question pour moi d’abandonner la librairie, mais de la délocaliser pour rendre le projet viable. » Il faut plus que jamais soutenir le livre et défendre sa diffusion. « L’aventure du Blanc-Mesnil a été exaltante, je savais que nous pourrions créer un nouveau lieu, une librairie de qualité, vivante et attirante pour les habitants et les lecteurs. » Le métier de libraire, pour Corisande, c’est le conseil, évidemment, mais c’est aussi l’animation, le trait d’union qui permet d’inscrire la librairie dans la vie locale. Ce lien social qu’il faut tisser, jour après jour. La mairie de Rosny-sous-Bois voit arriver ce projet d’un bon œil et propose un local, un ancien bar-tabac-PMU. Le lieu a du potentiel.

Parrains
Il fallait placer cette renaissance sous de bons auspices. « Nous avons demandé à deux auteurs de nous parrainer. » La marraine est l’écrivain Julia Deck, auteur de deux romans aux Éditions de Minuit, le parrain s’appelle Adrien Bosc, éditeur (Le Seuil, les Éditions du Sous-sol), auteur (Stock), directeur de revues (Feuilleton, Desports)… « Par leur soutien on voulait réaffirmer notre attachement au travail des auteurs. » Les uns ne vont pas sans les autres.
Corisande lance un financement participatif, notamment pour payer un architecte spécialisé dans l’aménagement des librairies et un graphiste pour la charte graphique. « Beaucoup de confrères n’ont pas compris pourquoi on voulait prendre un architecte alors qu’il fallait déjà beaucoup d’argent pour acheter le fonds. Mais nous voulions un lieu agréable pour nos clients, avec des espaces réfléchis et un mobilier adapté. » Ce n’était pas du tout un caprice, mais une stratégie. « Une nécessité » reprend Corisande.

Bouche-à-oreille
Après trois mois de travaux, la librairie Les Jours Heureux ouvre ses portes mi-juillet 2016, période plutôt calme pour les livres « Ça nous a permis de nous présenter, de prendre le temps de rencontrer nos clients et de bien préparer la rentrée de septembre. » Le bouche-à-oreille a fonctionné. Les 222 contributeurs du financement participatif ont été autant d’ambassadeurs pour la librairie.
Aux côtés de Corisande, on trouve Sabina, qui était la première cliente de La Librairie Générale. « Grande lectrice, elle m’a proposé son aide au moment des fêtes de Noël, puis j’ai pu l’embaucher en CDI dès 2012. » Ensemble, après quelques mois d’ouverture, elles ont réussi le pari de Rosny-sous-Bois ; le bilan est plutôt positif, les rencontres s’enchaînent, que ce soit une soirée autour d’une revue de sociologie ou une matinée chansons pour les petits, il y a toujours du monde. « Il reste encore des choses à développer », précise Corisande. « La bourse va nous permettre de poursuivre notre installation et surtout d’embaucher une personne, notamment pour le rayon bande dessinée que je souhaite étoffer ». Et ainsi développer l’offre de la librairie « Les Jours Heureux ».