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LAURÉATE DE LA BOURSE
2016

Projet primé : entreprendre une longue enquête sur les nouvelles filières des mères porteuses à l’échelle mondiale.

Curiosité bien placée
Louise Audibert s’excuse très vite : « Je suis bavarde » Ça tombe bien, nous avons le temps. Elle est bavarde mais aussi curieuse. « Enfant, j’étais très indiscrète. Je posais des questions sur tout et à tout le monde. On me répondait toujours : “ça ne te regarde pas !”, “Qu’est-ce que ça peut te faire !” » La curiosité, voilà sans aucun doute le minimum requis pour tout bon journaliste. Il faut savoir aller chercher l’information, trouver des sujets, raconter des histoires. Si on regarde en arrière, et qu’on cherche la naissance de sa vocation, Louise tombe sur les albums de Tintin qu’elle lisait, « même si ce n’est pas très original ». Il y a aussi une autre référence, moins prestigieuse sans doute, mais, disons, générationnelle. Il s’agit de April O’Neil, un personnage de fiction dans les dessins animés des Tortues ninja que Louise regardait – de force – avec sesquatrefrères. Elle rit : « Je sais, ce n’est pas très sérieux, mais ce personnage improbable qui arrivait sur les lieux du crime me fascinait. » On en convient aisément : les personnages d’aventurières dans les films ou livres, sont plutôt rares. « Mais je me souviens quand j’ai décidé que ce serait vraiment mon métier » enchaîne Louise. La scène se passe sous le ciel étoilé corse. Une de ses cousines, la journaliste du Monde Isabelle Mandraud, également lauréate de la Fondation en 1991, lui parle de son métier alors qu’elle couvre la campagne de Ségolène Royal pour les présidentielles de 2007. « J’ai voulu marcher dans ses pas. » explique simplement Louise. Alors qu’elle commençait des études de lettres, elle décide de s’installer à Strasbourg et fait un stage au service culture du quotidien Aux dernières nouvelles d’Alsace. « C’était très formateur. Surtout de vivre en dehors de Paris ! » Quand elle revient dans la capitale, elle reprend les cours à la Sorbonne Paris 3. C’est au moment du contrat première embauche. Les cours s’annulent les uns après les autres et plutôt que de trainer dans la rue, Louise cherche un nouveau stage. Elle le fera au Monde, grâce, elle ne s’en cache pas, aux relations de ses parents. « C’était une période difficile pour le journal, mais ça a été une expérience incroyable. »Elle pose son sac en Corse et travaille pour Corsica Magazine. Son maître de stage est un ancien de Libération, Gilles Millet.
« Ce fut une rencontre déterminante. Il m’a raconté son travail, les enquêtes, j’ai eu envie de voir plus loin. » Louise décide de tenter une école de journalisme. Justement, côté études, Louise prend son temps. Sa licence de lettres, il lui faudra cinq ans pour la boucler. « J’ai toujours eu besoin de concret, d’action, j’aime le monde du travail et depuis mes 17 ans, j’ai toujours travaillé. Alors je préférais cumuler les stages plutôt que valider mes unités d’enseignement ! » Elle opte pour une formation en alternance entre Var-Matin à Draguignan et L’ESJ-Pro. « ça a été deux ans compliqué, analyse-t-elle, les papiers s’écrivaient dans la douleur, mais Claude Maurin, l’un de ses formateurs a cru en elle et l’a soutenue. Et de toute façon même si l’ambiance est parfois morose, Louise n’est pas du genre à baisser les bras. « Quand on y croit, on ne se laisse pas facilement décourager » résume-t-elle.
 
L’origine du projet
Pour faire sa place dans le métier, il lui faut une spécialisation. Elle pense un temps partir dans les pays arabes qu’elle ne connaît pas bien, mais qui peuvent se révéler un bon terrain d’investigation. Finalement, elle effectue un voyage au Cambodge. « Ce fut une révélation. La moiteur de l’air, le bruit, le monde qui fourmille… Dès la sortie de l’aéroport de Phnom Penh, j’ai compris que plus rien ne serait comme avant. » Dès qu’elle obtient son diplôme, elle repart en Asie. Six mois à parcourir le Vietnam, Le Laos, Le Cambodge, La Thaïlande, La Birmanie, le Népal. Elle tenait enfin son champ d’intervention : l’Asie du Sud Est. Depuis décembre 2015, Louise est lancée. Elle retourne d’abord au Cambodge, terrain qui lui est familier et signe ses premiers papiers de « reporter ». Puis renoue avec le Népal. Là-bas, elle rencontre une sportive népalaise et en dresse le portait dans L’Equipe magazine et elle réalise aussi un reportage pour la revue XXI. Attachée à ce pays dont elle parle un peu la langue, elle décide d’y retourner et rencontre un jeune homme qui de fil en aiguille lui révèle son « job d’étudiant ».
 
La bourse
« Suite à notre discussion, j’ai décidé d’enquêter sur les nouvelles filières des mères porteuses », explique-t-elle. Pour ne pas entraver son enquête nous n’en dirons pas plus. « Un tel sujet demande du temps et des moyens. » La Fondation Jean-Luc Lagardère offre les moyens, reste donc à Louise de prendre le temps d’enquêter.