Accueil // Les Bourses // Auteur de documentaire // Pierre Maillard
LAURÉAT DE LA BOURSE
2016

Projet primé : réaliser un documentaire de 52 minutes sur Arthur Langerman, diamantaire et collectionneur d’objets et d’images antisémites.

Métiers
« Mes parents étaient plutôt cinéphiles » explique Pierre Maillard quand on lui demande d’où vient son goût pour l’image. Le cinéma, il l’a découvert tout seul, grâce à l’abonnement au câble. « Mais mon père pratiquait la photographie », ajoute-t-il. Il y avait aussi un caméscope à la maison. Pierre filme et fait des montages avec le magnétoscope du salon.  « Je me souviens encore du jour où mon père a acheté une nouvelle caméra et un ordinateur avec logiciel de montage ! » s’amuse-t-il. Pierre s’en donnait à cœur joie. Il réalisait des petits films avec quelques amis et passait des heures à les monter.  
Après un bac scientifique, il quitte la région de Toulouse pour une licence Arts du spectacle à Montpellier qu’il perfectionne avec un Master Pro à Aubagne (université Aix-Marseille). « J’avais envie de travailler dans le cinéma, mais je n’avais pas de réseau, je ne connaissais personne. » Un temps attiré par la réalisation, il choisit l’option montage. « Je pensais qu’en apprenant un métier technique, je trouverai toujours du travail. » Le monteur, c’est celui qui fait naître le film, qui apporte un œil nouveau, qui donne le rythme… « Ça me plaisait vraiment. J’avais l’impression que j’avais une grande liberté. » Il se rend à Paris et trouve un stage d’assistant monteur, notamment sur Les Herbes folles d’Alain Resnais. Mais après quelques expériences, le métier lui pèse. « Finalement, je comprends que je vais passer des heures entières assis devant une table de montage avec un réalisateur qui me donne des ordres dans l’oreille droite. » Dit comme cela, c’est peu réjouissant.
 
Vies parallèles 
En arrivant à Paris, Pierre avait retrouvé un ancien ami, ensemble ils ont monté une société de production. Ils font notamment la production exécutive du Ben et Bertie Show pour la chaîne Paris Première, un programme musical où se croisent sketches à l’humour décalé et groupes en live, présenté par Benoit Forgeard et Bertrand Burgalat. Il travaille aussi en direction de postproduction, sur des longs métrages, Gaz de France de Benoit Forgeard, Dom Juan et Sganarelle de Vincent Macaigne, et Victoria de Justine Triet. Montage, production, postproduction… mais une chose encore anime Pierre : la réalisation de documentaire. Nous y voilà.
 
Documentaire 
À l’école, déjà, il avait participé à des travaux collectifs de reportages et documentaires. Il avait aussi réalisé en 2009, Les Passagers de l’orage (52 minutes, Wendigo Films), un documentaire sur des victimes de la foudre. Le film est récompensé aux Étoiles de la Scam en 2014. « J’aime le dynamisme qu’implique la réalisation de documentaire. On rencontre des gens, on se déplace. Il y a tout un travail d’enquête aussi. » C’est l’opposé de la vie sédentaire du monteur… « Et surtout, faire un documentaire devenait un prétexte pour faire tout ce qu’on n’a pas le droit de faire normalement : entrer chez les gens, poser des questions. On peut se permettre d’être indiscret ! » Pierre aime aussi la recherche formelle qu’implique la réalisation. Les contraintes changent tout le temps, sur chaque tournage. Chaque situation est différente. On se pose constamment des questions sur les moyens de réaliser : est-ce qu’on filme en caméra cachée ? Que faire si je n’ai pas la place pour filmer ce témoin ? « La narration s’adapte constamment à la réalité du tournage. » résume-t-il. 
 
La bourse
À la suite des Étoiles de la Scam, il rencontre un producteur, Antoine Martin, qui aime le travail de Pierre et cherche justement quelqu’un pour réaliser un documentaire sur un personnage aussi atypique qu’énigmatique : un diamantaire belge marqué par la guerre et la Shoah et qui a une passion déroutante : il collectionne les objets antisémites.  Pierre est tout de suite séduit par la personnalité d’Arthur Langerman. « L’histoire de cet homme m’a intéressé… Il y a un mystère qu’il faut explorer » tranche Pierre. Les différentes facettes de la personnalité d’Arthur Langerman stimulent la curiosité de Pierre : « Il faut imaginer un dispositif cinématographique pour faire ce portrait. » Depuis un an, Pierre suit M. Langerman dans sa vie quotidienne, dans ses déplacements, ses rendez-vous professionnels, dans le labyrinthe du quartier des diamantaires d’Anvers. « La bourse va me permettre d’approfondir mes recherches, de multiplier les voyages à ses côtés, d’aller à la rencontre d’associations, de gens qui peuvent aussi éclairer le passé d’Arthur Langerman, et nous en apprendre plus sur le marché souterrain d’objets racistes en Europe. » Ce film arrive aussi à un bon moment pour Arthur Langerman. Il a 72 ans, la démarche hésitante et il se bat pour perpétuer le souvenir d’une époque tragique. Au printemps 2017 se tiendra une grande exposition autour de sa collection au Mémorial de Caen. L’exposition de la « collection Langerman » sera le fil rouge du film.