
PROJET PRIMÉ : faire un photoreportage sur la hiérarchie dans la société indienne et le système de castes.
Il est toujours facile d’imaginer l’enchaînement des événements : on offre à Olivia Arthur un appareil photo, et elle se découvre une vocation. Sauf que ce n’est pas du tout ce qui se passa. Olivia Arthur suivait des études de mathématiques, en Angleterre, puisqu’Olivia Arthur est de nationalité britannique. Elle ne souhaitait pas forcément être professeur de maths, comme sa mère, mais un diplôme en mathématiques paraissait offrir plus de débouchés. Pendant ses études, Olivia Arthur s’investit dans le journal de l’université. Elle y passe du temps, parfois même au détriment de ses cours, se souvient-elle. Elle s’occupe de la rédaction et aussi des photos. On y vient, donc. À la fin de la deuxième année, le responsable de la publication prend l’initiative d’envoyer les photos d’Olivia pour participer à un concours. Comme dans toutes les belles histoires, Olivia remporta le premier prix. Elle n’y croyait pas. « Ce fut une surprise, commente-t-elle. À partir de ce moment, je me suis dit qu’il y avait peut-être une piste à suivre. » Elle passe son diplôme quand même, et, ensuite, part à Londres pour suivre une formation de photojournalisme. Un séjour à Orange lui permet de réaliser son premier projet personnel
autour de la communauté algérienne et nord africaine. Ensuite, elle décide de partir en Inde pour rejoindre ses parents qui travaillent à Dehli, mais surtout lui permettre de se démarquer. « Sans expérience, à Londres, il aurait été plus difficile de travailler ». Effectivement, plusieurs journaux anglais lui commandent des reportages réguliers. Après deux ans et demi en Inde, elle reçoit une bourse d’artiste pour passer une année en Italie. Une opportunité qui lui permettra d’affiner son travail
autour de son projet, The Middle Distance, un reportage sur la vie des jeunes femmes dans les pays frontaliers de l’Europe et l’Asie. Ce qui motive avant tout Olivia, c’est d’observer le monde, comprendre des situations, rencontrer, et enfin, photographier. Elle travaille en prenant le temps ; la preuve, elle privilégie l’argentique au numérique. Pas le genre à voler des images. Chaque photo dévoile bien plus que ce qu’elle montre. Souvent, un texte accompagne la photo. Le poids des mots. Il convient de contextualiser les choses. La photo naît d’une rencontre, d’une confiance. Mais pour autant, les photos sont naturelles, intimes presque. Au plus proche des sujets. D’un mot : émouvantes.
Olivia est représentée par l'agence Magnum.
TroIs questions à...Olivia Arthur
Un photographe qui vous inspire ?
Jim Goldberg.
Le magazine idéal pour publier vos photos ?
Aucun. Je préfère travailler pour moi, et ensuite pourquoi pas si des magazines veulent publier les photos… mais travailler pour la presse prend du temps et ce n’est pas très exaltant. Souvent ce qu’on nous demande, un autre photographe peut le faire.
Et la Bourse dans tout ça ?
Elle va me permettre de garder une certaine forme de liberté. C’est important de pouvoir approfondir des projets personnels.
Le mot du président du jury : Peter Knapp, photographe
« Il faut souligner que tous les Lauréats qui passent devant le jury mériteraient de gagner. La Bourse de la Fondation Jean-Luc Lagardère est l’une des plus difficiles à obtenir parmi les bourses attribuées aux photographes. Les photos d’Olivia Arthur présentaient un tel travail de qualité tant sur les images, la prise de vue que le tirage, qu’elle l’a emporté au premier tour. »