
PROJET PRIMÉ : Suivre la route de la gomme arabique entre le Soudan, la France et les États-Unis.
Guillaume Pitron a l’habitude de pousser les portes, et jusqu’ici, cette technique lui réussit. Il fait partie de ceux qui n’hésitent pas à susciter les rencontres et à se créer les opportunités. Ses études de droit ? « De bonnes bases intellectuelles pour affronter le monde d’aujourd’hui » explique-t-il. Il imagine un temps travailler dans la diplomatie, tenter Sciences Po, peut-être l’ENA, mais il sent bien que son esprit n’est pas prêt pour ce formatage. Et puis il lit un livre de Jean-Claude Guillebaud. Guillaume Pitron se sent concerné, il appelle l’auteur qui lui donne rendez- vous. Les choses sont parfois si simples. Guillaume a un déclic : « C’est sa vie que je veux ! » se souvient-il s’être dit avec humour. Grand reporter est encore un concept flou, il termine donc ses études de droit aux États-Unis, sans conviction. Alors qu’il devrait passer le barreau de New York et devenir spécialiste du droit pénal international, il décide de faire un stage au National Geographic. Pour voir. Et il a vu. La passion du grand reportage se précise, mais puisqu’il faut bien vivre, il rentre en France et travaille au service juridique d’une banque. Il se sent à l’étroit dans son costume. Alors avant d’aller au boulot, il travaille pour le site du Nouvel Obs, et le soir, il écrit des articles pour un journal anglophone. Pendant ses vacances, il part en Inde suivre les derniers moines guerriers du sikhisme. Il revient avec un article qui paraîtra dans l’édition française du National Geographic. En octobre 2007, il décide de « passer à l’acte » : il démissionne et propose dans la foulée un reportage sur le miel du Yémen à la rédaction de VSD. Il part trois jours plus tard. C’est aussi simple que ça. À son retour, il pousse les portes de l’agence Capa, pour voir, encore une fois. La rencontre aurait pu tourner au fiasco : il n’a pas de formation de journaliste, ne sait pas se servir d’une caméra… Mais peu importe, il a un sujet en or et de l’enthousiasme. Il repart au Yémen pour la version télévisée du reportage, avec Alexis Marant (Prix Albert Londres). Guillaume est encore sous le charme de cette rencontre, il n’est pas du genre à être blasé. Aujourd’hui, il a un nouveau projet : suivre le chemin de la gomme arabique. Il s’agit pour lui de « voir comment des matières premières peuvent nous entraîner dans des enjeux qui nous dépassent et qui ont de l’importance dans les intérêts stratégiques, économiques, militaires d’un pays. »
Trois questions à Guillaume Pitron
Ce rédacteur en chef qui tarde à vous proposer un grand reportage ?
Patrick de Saint-Exupéry, le rédacteur en chef de la revue XXI
Le grand reporter qui vous inspire ?
Il y en a plusieurs. Les classiques : Albert Londres, Joseph Kessel et tous ces auteurs de cette trempe là. Mais j’ai été incontestablement marqué par la découverte de l’œuvre de Jean-Claude Guillebaud.
Et la Bourse dans tout ça ?
Elle va me permettre de mener une investigation complète et de mener à bien un projet sans être soumis aux contraintes financières de la presse écrite et télévisuelle.
Le mot du président du jury - Alain Louyot, directeur de la rédaction de l’Expansion.
« D’emblée l’originalité du sujet présenté par Guillaume Pitron et l’angle qu’il avait choisi avaient séduit, sur dossier, l’immense majorité du jury. À l’oral, Guillaume Pitron nous a conquis par son enthousiasme, sa rigueur, la clarté de son exposé et plus généralement par sa personnalité. »