
PROJET PRIMÉ : enregistrer avec une formation de quintette les oeuvres de Charles Koechlin sous le label AR RE-SE que dirige Lydia JARDON.
Sarah Lavaud a rencontré la musique dès sa petite enfance. Là, dans un coin de la maison trônait un piano droit. Dans la famille de Sarah, on aime la musique, mais on ne pratique pas. Ses parents sont mélomanes, tout simplement. On le lui rappelle souvent : c’est elle qui, à l’âge de quatre ans, a souhaité apprendre le piano. On lui trouva un professeur. À neuf ans, Sarah essaie le violon. Ça lui plaît aussi. Comme ça. Et d’un coup, sans crier gare, la musique s’impose : elle ne peut pas l’ignorer ; c’est une évidence, elle sera musicienne professionnelle. Mais comme elle n’a que onze ans, elle poursuit ses études, enchaîne les concours et les récompenses, entre au conservatoire, passe son bac et, enfin, se consacre à la musique. Sarah Lavaud ne parle pas de vocation, mais de « nécessité ». Elle est lucide. Quand on la félicite sur ses nombreux prix, elle esquive la question en déclarant que ce système de classement n’a pas de sens. « Dans les concours, on ne peut mesurer que la force et la puissance. Celui qui joue plus fort et plus vite gagne ». Et ça lui paraît antinomique avec l’idée qu’elle se fait du métier de musicien. Délaissant les concours, elle se concentre sur son travail. Sarah est une bosseuse. Elle passe son temps sur son instrument. Il convient « d’apprivoiser la musique par le geste instrumental » dit-elle. Elle travaille beaucoup, trop parfois. Heureusement, elle fait deux rencontres décisives : François- René Duchâble et Jean-Claude Pennetier, des aînés qui la protègent contre les désillusions, l’encouragent, la conseillent. « Jean-Claude Pennetier m’a appris que ma pratique artistique pouvait s’intégrer à la vie. » Sarah prend du recul, comprend que la musique doit aussi se nourrir des expériences. Elle prend de la hauteur, se permet de vivre. Être musicien, c’est transformer en musique ce que l’on voit, sent, ressent. « Ça nous échappe complètement ! » plaisante-t-elle. Elle parcourt l’Europe et donne des concerts de musique de chambre. Elle aime être au service de la musique qu’elle interprète. « On est là pour donner forme à cette matière sonore » préciset-elle. Et elle sait que chaque fois, il lui faudra recommencer. Amusée, elle conclut : « On oscille entre le désespoir de ne pouvoir rien fixer et la chance de créer de nouveau sur scène. »
Trois questions à ...Sarah Lavaud – Pianiste
Une rencontre forte avec une oeuvre ?
Incontestablement l’oeuvre de Janacek. Ce fut une rencontre très forte, obsédante, jusqu’à l’insomnie. J’ai dû me résoudre à la jouer, à m’approprier la musique pour m’en défaire. Et elle me hante toujours.
Une interprétation qui vous a bouleversée ?
J’ai envie de citer deux interprètes : Claudio Arrau et Dinu Lipatti. Mais si je dois n’en garder qu’un : le dernier récital de Lipatti au festival de Besançon. Un pur moment de grâce. D’autant que Lipatti était très malade et qu’il est mort quelques semaines plus tard.
Et la Bourse dans tout ça ?
Elle va nous permettre d’enregistrer un disque des oeuvres de Charles Koechlin, encore trop méconnu aujourd’hui,
dans un label de qualité qui propose de découvrir des répertoires inédits.
Le mot du président du jury : Marc Thonon- fondateur et président du label Atmosphériques
« Nous avons décidé, avec le Prix spécial de soutenir une double cause : d’abord, il s’agit de permettre à l’artiste de réaliser l’enregistrement d’un disque ; ensuite, faire connaître un compositeur hors norme malheureusement trop méconnu.»
Son premier CD, consacré à Charles Koechlin, et récompensé par la Fondation Jean-Luc Lagardère est sorti courant juillet 2009.
Elle s’est produit dans le cadre du festival Chopin et a été diffusé sur France musique pour le récital qu’elle a donné dans le cadre de la série Génération... Jeunes Interprètes