
Projet primé : écrire son deuxième roman qui met en scène le parcours d’une famille prise dans la tourmente de l’histoire, entre 2003, première année de la guerre en Irak, et 2005 (ou 2007 ?).
Julien Santoni a tout du bon élève, même s’il n’aime pas qu’on rappelle qu’il a sans doute été le favori de ses professeurs. Si on le provoque, il lâchera en riant : « Mes professeurs voyaient en moi le futur traducteur de Platon ! » Mais Julien Santoni se cherche. Il fait une kâhgne, intègre Sciences Po, démissionne, est admis à l’agrégation de Lettres Modernes, part à Berlin pour suivre des études d’histoire de l’art, revient en France, mène à bien un DEA, s’intéresse un temps à la psychologie, fait un stage à l’hôpital Sainte-Anne, hésite longtemps, finalement trouve qu’il n’est « pas du bon côté de la normalité psychique », accepte alors un poste à l’Université de Bordeaux, démissionne deux ans plus tard, enseigne aujourd’hui dans le secondaire. Il se sent bien. « Pendant fort longtemps je me voyais vivre à New York ou en Grèce, et je me rends
compte aujourd’hui qu’on n’a pas forcément besoin de l’ailleurs. Ça relève du caprice d’adolescent. » Julien Santoni se pose. Les choses s’apaisent. Côté littérature, c’est pareil, Julien Santoni s’est longtemps cherché. Au lycée, il ne jurait que par les poètes et l’expressionnisme allemand. Comme beaucoup, il commettait alors quelques pièces poétiques, de beaux objets. Il ne se sentait pas la fibre romanesque : « Je n’avais rien à dire ! » Ce jeune homme, né en 1979, nourri de littérature
grecque et latine, découvre la littérature contemporaine sur le tard, vers dix-huit ans. Avec les livres de Marguerite Duras. Puis ensuite les auteurs du Nouveau Roman : Robbe-Grillet, Butor… L’écriture est venue à lui, comme pour combler un vide. C’était pendant les années berlinoises, en juillet 2005. Il fallait faire quelque chose, une décision s’imposait. Julien Santoni dessine, peint, écrit. L’écriture prend le dessus. C’est une révélation. La découverte d’une voix qui sommeillait en lui, une violence. Un an plus tard, il parcourt les trottoirs de Saint-Germain- des-Prés, son manuscrit sous le bras. Sans espoir : il ne connaît personne et ignore tout des us et coutumes du milieu. Et les éditions Grasset l’appellent : le manuscrit est retenu. Depuis, Julien Santoni est surpris de tout ce qui arrive autour du livre, bien qu’il soit lucide : « C’est un livre difficile à lire. La langue se veut un rempart. » Il travaille à son deuxième roman. On dit que c’est souvent plus difficile.
Trois quest ions à... Julien Santoni
L’invité idéal pour un tête-à-tête littéraire ?
Vladimir Nabokov. Ou Zizek Slavoj, si Nabokov n’est pas libre.
Le livre qui vous a donné le goût de la littérature ?
L’Amant de la Chine du Nord, de Marguerite Duras.
Et la Bourse dans tout ça ?
Elle va me permettre de dégager du temps pour écrire. Bien que pour la première fois, il me semble que j’aime mon métier et que je ne vais pas tout plaquer du jour au lendemain.
Le mot de la présidente du jury Edmonde Charles-Roux, présidente de l’Académie Goncourt
« Julien Santoni a tout du Lauréat idéal : il est à la fois sérieux et doué. Son talent laisse présager de bonnes choses pour les livres à venir. »